L'évolution du statut du grand Cormoran en Europe au cours des trois dernières décennies est très particulière. La race sinensis, autrefois minoritaire (5 300 couples en 1970), a enregistré un formidable accroissement des effectifs accompagné d'une expansion géographique, devenant largement majoritaire devant la race littorale carbo dont la distribution n'a guère changé sur la même période, bien que la population ait doublé (25 000 couples en 1970). Cette évolution apparaît liée à diverses mesures de protection prises dans de nombreux pays et à l'augmentation considérable des ressources alimentaires en eau douce, conséquence de l'eutrophisation des eaux, du développement des piscicultures, de l'introduction d'espèces comme le poisson-chat, etc.
Depuis une dizaine d'années plusieurs pays d'Europe ont mis en œuvre une politique de réduction des effectifs de sinensis. Inscrite à l'annexe I de la directive Oiseaux en 1979 en raison de son statut précaire, l'espèce a été déclassée en 1997. Les problèmes posés par les grands Cormorans sur les piscicultures d'eau douce demeurent relativement peu importants en Bretagne. L'impact de l'espèce sur les stocks de poissons commercialisables apparaît très variable, et difficilement quantifiable notamment sur les piscicultures. En ce qui concerne les populations littorales, l'impact en milieu marin semble très limité.
Il convient de rappeler que les oiseaux présents en hiver sur les plans d'eaux intérieurs sont principalement originaires des populations continentales d'Europe du nord. Par conséquent aucune action de régulation ne pourrait se justifier sur les colonies littorales.