On trouve peu de bâtiments anciens dans le lit majeur d’une rivière : l’habitat s’y est peu développé, en raison du danger de crue et de l’humidité de ces zones. Seuls les représentants des métiers tributaires de l’eau (meuniers, tanneurs, bateliers, etc.) et les populations pauvres se résignaient à subir les désagréments de l’humidité et des risques d’inondation. Petit à petit, les villes se sont étendues, des prés et des champs inondables ont été le siège de la croissance urbaine. Les mutations économiques et le développement industriel ont entraîné la disparition des petits métiers de l’eau. Les moulins ont fermé et certains ont alors été reconvertis en résidences secondaires. Progressivement, l’homme s’est installé dans le lit majeur de la rivière, négligeant ou oubliant le risque de crue. Ainsi, les inondations ont des conséquences de plus en plus lourdes du fait de notre mode de vie actuel. Les enjeux sont de trois ordres : humains, économiques et environnementaux.
Effets sur l’homme
Environ 100 000 habitants sur 3 millions de bretons sont soumis au risque d’inondation. Lors des inondations de décembre 2000 et janvier 2001, 1193 personnes ont été évacuées au moins une fois et 2692 sinistres ont été déclarés par des particuliers. Malheureusement, quelques rares accidents graves ou mortels ont été déplorés, qui ont été dû au non respect des consignes de prudence. Cependant, à la différence du caractère souvent mortel des inondations du sud de la France (ex. de Vaison-la-Romaine), la lenteur des montées des eaux en Bretagne permet une diminution du risque humain.
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Novembre 2000 |
Décembre 2000 |
Début janvier 2001 |
Fin janvier 2001 |
| Communes sinistrées |
| Côtes d’Armor |
64 |
54 |
121 |
55 |
| Finistère |
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99 |
19 |
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| Ille-et-Vilaine |
25 |
11 |
43 |
5 |
| Loire Atlantique |
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40 |
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| Morbihan |
24 |
58 |
149 |
2 |
| Personnes évacuées |
| Côtes d’Armor |
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| Finistère |
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330 |
200 |
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| Ille-et-Vilaine |
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605 |
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| Loire Atlantique |
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42 |
18 |
| Morbihan |
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17 |
216 |
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| Personnes relogées par les pouvoirs publics |
| Côtes d’Armor |
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| Finistère |
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79 |
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| Ille-et-Vilaine |
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| Loire Atlantique |
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| Morbihan |
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21 |
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Source : Service interministériel de défense et de protection civile des préfecture
Les enquêtes réalisées auprès des personnes sinistrées en 2000-2001 révèlent que l’impact psychologique des inondations, aggravé par la durée importante et la répétition des phénomènes en quelques mois, est très fort et souvent plus important aux yeux de ces derniers que les impacts matériels. Ainsi, de nombreux cas de dépressions nerveuses apparaissent à la suite d’évacuation de population ou de sinistres de maisons.
Effets sur les biens
Destructions, détériorations et dommages aux habitations, au bétail, aux cultures, aux ouvrages (ponts, routes et rues, voies ferrées, etc.), paralysie des services publics, etc.
Bien que les dégâts matériels aient touché en nombre plus les particuliers (2/3 des sinistres) que les professionnels durant les inondations de l’hiver 2000-2001, près de 70 % du montant des dégâts concernaient cependant les professionnels.
| Dégâts |
Nombre de sinistres (en %) |
Montant (en %) |
| Habitations |
65 |
25 |
| Automobiles |
15 |
5 |
| Professionnels |
20 |
70 |
Source : Fédération française des sociétés d’assurance
En ce qui concerne les équipements publics, les évènements de l’hiver 2000-2001 ont révélé :
- une fragilité du réseau routier : plusieurs centaines de routes départementales ont été coupées (57 dans les Côtes d’Armor, 30 dans le Finistère, 73 en Ille-et-Vilaine et 96 dans le Morbihan) ;
- une défaillance du réseau câblé : Quimperlé a été privé de téléphone pendant deux jours à la suite de l’inondation du standard téléphonique du centre ville, le standard de Malestroit a également été inondé. Au total les coupures de téléphone ont touché 40 000 finistériens et 350 habitants d’Ille-et-Vilaine. Le réseau EDF avait également subit des dommages. Ainsi, 220 costarmoricains, 5300 finistériens et 350 habitants d’Ille-et-Vilaine ont momentanément été privés d’électricité entre novembre 2000 et janvier 2001 ;
- les canaux bretons sont souvent vétustes et subissent régulièrement des dommages à chaque épisode de crues importantes, essentiellement en ce qui concerne les berges et les digues. Aucune rupture de digues des canaux et étangs d’alimentation des voies navigables ne s’est à ce jour produite en Bretagne. Cependant, on a pu déplorer plusieurs ruptures de digues d’étangs privés au cours de l’hiver 2000-2001 ;
- enfin, de nombreux bâtiments publics ont été victimes des inondations : on peut, entre autres, citer des hôpitaux, des écoles, des musées, la préfecture du Finistère ou encore la subdivision de la DDE à Redon qui hébergeait le centre d’annonce de crues !
On a pu constater à la suite des dernières inondations que les réseaux ferrés bretons sont restés hors d’eau. Pour expliquer ce phénomène, il faut se resituer à l’époque de sa construction : les lignes de chemin de fer ont été construites à l’époque des grandes inondations du XIXe siècle, dont la mémoire était bien présente.
Effets sur l’environnement
Redon les pieds dans l’eauEndommagement voire destruction de la faune et de la flore, pollutions diverses (poissons morts, déchets toxiques, etc.), pouvant aller jusqu’au déclenchement d’accidents technologiques sont souvent le résultat d’inondations. Néanmoins, en Bretagne l’impact des crues est souvent moindre que dans d’autres régions comme la Somme ou dans le sud-est de la France en novembre 1999. Le caractère lent de la montée des eaux y est pour beaucoup car il en résulte que le paysage, au lieu d’être violemment emporté et dévasté par des ruissellements torrentiels, est lentement ennoyé sous les eaux. Ainsi, pas d’arbres arrachés ou de forêts dévastées.
La mission d’expertise sur les crues de décembre 2000 et janvier 2001 en Bretagne mise en place par le Gouvernement afin de conduire une analyse des dernières inondations et proposer des améliorations à apporter à l’avenir, fait état dans son
rapport de l’érosion de sols agricoles restés nus durant ce même hiver. L’eau qui ruisselle sur ces sols devient boueuse et peut être à l’origine de coulées de boues. Toutefois, aucune appréciation quantitative n’a pu être effectuée et le phénomène semble assez mineur.
Enfin, les inondations peuvent déclencher des accidents dans les zones industrielles parfois classées. Ainsi, en 2001 à Châteaulin et St Nicolas de Redon, les inondations ont provoqué une fuite ou un renversement de cuve d’hydrocarbure entraînant une pollution des eaux. Cependant, ce type d’accident, très ponctuel et localisé est rarement analysé.