De la surveillance à l’alerte
Face au risque d’inondation, l’Etat et les collectivités territoriales ont un rôle de prévention qui se traduit notamment par des actions de prévision et d’information.
service e prévision des crues vilaine et côtier bretonLes Services de prévision des crues (SPC) sont chargés de surveiller en permanence les niveaux des cours d’eau, de prévoir leur évolution et de diffuser l’information. Ils travaillent en liaison avec
Météo-France qui leur fournit les prévisions sur les pluies. Les périmètres de surveillance des SPC correspondent au cours d’eau gérés par l’État, c’est-à-dire aux bassins versants ayant fait l’objet d’un
schéma directeur de prévision des crues (SDPC). Aussi, les phénomènes de ruissellement urbain n’entrent pas dans ces périmètres. 22 SPC ont été créés en 2005 pour assurer cette mission de prévision des crues. En Bretagne, le
SPC Vilaine et côtiers bretons est un service rattaché à la direction départementale de l’Equipement d’Ille-et-Vilaine. Son périmètre d’intervention concerne tous les cours d’eau importants en Bretagne : la Vilaine, le Blavet, la Laïta, l’Odet, l’Aulne et la rivière de Morlaix. Il fonctionne sur les bases d’un nouveau
règlement de surveillance, de prévision et de transmission de l'information sur les crues des bassins de la Vilaine et des fleuves côtiers bretons, approuvé le 4 décembre 2006 par le préfet de région.
Crues en BretagneLe Service central d’hydrométéorologie et d’appui à la prévision des inondations (Schapi), basé à Toulouse, assure une mission d’appui technique et organisationnel auprès de tous les SPC de France et une veille hydrométéorologique permanente, 24h/24 sur l’ensemble des cours d’eau, en concentrant l’information de vigilance produite par les SPC sous forme de bulletins d’informations. L’objectif de cette organisation consiste à donner aux autorités publiques (nationale, départementale et communale) un état de la situation et des prévisions pour leur permettre d’anticiper et d’assurer dans les meilleures conditions la préparation et la gestion d’une situation de crise. Il doit également permettre d’informer le plus rapidement et le plus largement possible les populations concernées. D’où, la mise en place en 2006 d’une carte de « vigilance crue » accessible par tous sur Internet (
www.vigicrues.ecologie.gouv.fr).
La carte de « vigilance crue » consiste, par analogie avec ce qui est fait dans le cadre de la vigilance météorologique, à fournir des niveau de risque pour les 24 heures à venir à l’aide de 4 couleurs : vert, jaune, orange et rouge, en allant du niveau de risque le plus faible au plus élevé. Cette information est produite deux fois par jour en mode régulier (10 h et 16 h légales), et peut être actualisé en tant que de besoin en cas de modification de la situation hydrologique.
Le dispositif d'alerte et d'information sur les cruesDès lors qu’au moins un tronçon de cours d’eau n’est pas vert, un bulletin d’information national (produit par le Schapi) et
local (produit par le SPC) est émis auprès du Préfet qui avise ensuite les services et organismes de secours et le maire de la commune concernée qui avise enfin la population concernée. Chaque maire est libre des moyens à mettre en œuvre pour alerter sa population et ils sont très diverses : systèmes automatiques d’appel (ex : Infocrues de Quimper), appels téléphoniques, haut parleur, porte à porte, radio, message dans boite aux lettres, etc. Le bulletin d’information renseigne sur la nature, l’intensité, la localisation et la chronologie des phénomènes observés et à venir et de leurs conséquences. Ces informations peuvent comporter des prévisions allant au-delà de 24 h d’échéance.
La politique de prévention des inondations
Afin de réduire durablement le nombre de victimes des inondations et les dommages aux personnes et aux biens, une relance de la politique de prévention des inondations a été engagée en 2002. Cette relance vise à mettre en place un cadre partenarial entre l’Etat et les collectivités territoriales, qui ont, en la matière, des responsabilités complémentaires. Cette politique de prévention s’organise principalement autour des axes suivants :
- les Programmes d’action et de prévention des inondations (Papi) regroupent un certain nombre de propositions définies en commun par les collectivités et les services de l’État d’un même bassin versant. En Bretagne, deux bassins versants parmi les plus à risque bénéficient d’un Papi pour la période 2003-2008 (Vilaine et Odet). Les propositions se focalisent globalement sur la régulation du débit en amont grâce à la création ou à la restauration des champs d’expansion des crues ; le développement de l’information préventive et le développement de la culture du risque, la réduction de la vulnérabilité des constructions établies en zone inondable (entreprises ou habitations) ou encore le développement de maître d’ouvrage locaux agissant à l’échelle du bassin versant.
- les plans de prévention des risques (PPR) sont conçus en priorité pour les zones de forts enjeux. Ce sont des documents réglementaires, institués par la loi du 2 février 1995 relative au renforcement de la protection de l’environnement (dite "loi Barnier"), qui définissent comment prendre en compte dans l’occupation du sol les différents risques naturels (inondation, séisme, avalanches, incendies de forêt, etc.). Dans les zones les plus dangereuses où, quels que soient les aménagements la sécurité des personnes ne peut être garantie, le PPR interdit les implantations humaines, ce sont les zones rouges. Les zones rurales d’expansion de crues à préserver sont également classées en rouge quelque soit le niveau d’aléa. Dans les zones urbaines où l’aléa est moins fort, le PPR autorise les constructions moyennant certaines précautions ou certains aménagements les rendant moins vulnérables, ce sont les zones bleues. Le PPR s'impose tant à l'Etat qu'aux collectivités et aux particuliers. Après détermination des aléas et des enjeux, la procédure, est conduite par la direction départementale de l’Équipement en concertation étroite avec les collectivités concernées. Avant d'être approuvé par le Préfet et annexé au plan local d'urbanisme (Plu), le projet est soumis à l'avis des communes et à enquête publique. Le PPR contient obligatoirement un rapport de présentation (historique, démarche et objectifs), une cartographie du zonage réglementaire et un règlement.
plans de prévension des risques naturelsPour la mise en œuvre des PPR inondation (PPRi), la référence retenue est celle des plus hautes zones connues (PHEC) ou la crue centennale si la PHEC est inférieure (cas le plus fréquent). Environ
190 communes de Bretagne sont concernées par des PPRi, réparties principalement sur les bassins de la Vilaine, du Blavet et des fleuves côtiers finistériens et costarmoricains (Odet, Aulne, Aven, Isole, Rivière de Morlaix, Trieux, Arguenon, etc.).
La recherche
Depuis 2001, de nombreuses études de recherches ont été commanditées afin de répondre aux questions qui permettraient de faire le jour sur les phénomènes d’inondations dont la Bretagne à été le théâtre dramatique à plusieurs reprises et de trouver des solutions permettant d’être moins vulnérable si de tels événements venaient à se reproduire.
Suite aux terribles inondations qui ont touché une grande partie du territoire breton en décembre 2000 et janvier 2001, le Gouvernement a missionné un groupe d’experts bretons avec pour objectif de faire une analyse complète des phénomènes en identifiant les facteurs ayant pu contribuer à aggraver l’ampleur des inondations et leurs conséquences et en évaluant les dispositifs de protection et de prévention existants et également de soumettre des propositions quant aux améliorations à apporter dans les différents domaines de la prévention et de la protection pour réduire à l'avenir les risques pour les personnes et les dommages résultant de ce type de phénomène météorologique.
D’autre part, l’Inra et Géosciences travaillent respectivement sur les circulations d’eau dans les bassins versants et sur le fonctionnement des eaux souterraines. Ces études n’entrent pas directement dans le cadre de la recherche sur les inondations mais les résultats qui en sont issus peuvent servir de supports pour comprendre les inondations.
Inondation de l’hiver 2000 à RedonDepuis 2000-2001, à la demande de la
Diren, le
Costel travaille sur une « méthode hydrogéomophologique » [
1] qui consiste à cartographier les champs d’inondation dans l’objectif de comprendre le fonctionnement des inondations dans les plaines. Ce travail a permis de comprendre qu’en Bretagne, les inondations n’étaient pas seulement consécutives au débordement des rivières mais aussi le fait de remontées de nappes d’eau souterraines.
D’autres recherches sont actuellement en cours en Bretagne effectuées au sein du
Caren et financées par l’
Institut d’aménagement de la Vilaine. Le premier programme coordonné par Alain Crave (Géosciences, Rennes 1) étudie le transport des sédiments lors des crues et le fonctionnement actuel et ancien de la plaine d’inondation. Le second, sous la direction de Nadia Dupont (laboratoire Costel, Rennes 2) étudie la perception des inondations par les acteurs et les habitants dans le bassin de la Vilaine, cette recherche s’appuie notamment sur des enquêtes et une recherche historique.
Des exemples d’aménagement contre les inondations
S’il est impossible d’empêcher les crues d’une rivière, il est parfois possible de se protéger contre les inondations. La meilleure solution étant de s’installer en dehors de la zone inondable, comme le préconise les plans de prévention des risques liés aux inondations. Cependant, des aménagements peuvent permettre de réguler le débit et la hauteur des eaux de la rivière. D’autre part, l’usage de certaines pratiques sur le bassin versant permettent de limiter le ruissellement des eaux et par là même le débit de la rivière. Voici quelques exemples d’aménagements pratiqués en Bretagne :
Le barrage mobile de Guily-Glaz
- le barrage hydroélectrique de Guerlédan, grâce à une gestion spécifique négociée avec EDF, contribue à l’écrêtement des crues à Pontivy ;
- la construction de
trois barrages (la Valière, la Haute-Vilaine et la Cantache), entre 1978 et 1995, sur la Vilaine dans le pays de Vitré, afin notamment d’écrêter les crues ;
- la destruction de l’ancien barrage à marée de Redon en 2002. Mis en service en 1938, il a perdu toute fonction lors de la construction du barrage d’Arzal. Son effacement a permis localement un gain de 15 à 20 cm sur le niveau d’eau de la rivière ;
- la construction du
barrage d’Arzal en 1970 à l’embouchure de la Vilaine a permis de bloquer la marée qui remontait auparavant jusqu'à Redon. En période de vives-eaux, la marée venait contrarier l'écoulement des crues, provoquant des inondations à répétition sur la vallée ;
- la construction d’un
barrage à clapets à Lochrist en 2006. Doté de trois vannes à clapets qui s’abaissent automatiquement en cas de crue, ce barrage permet réduire la côte de crue centennale d’environ un mètre ;
- la construction d’un
barrage mobile à Guily-Glaz permettra de gagner 92 cm de niveau d’eau à Guily-Glaz et 20 cm à Châteaulin si une crue comparable à celle de 2000 venait à se reproduire.
Enfin, il est possible de diminuer l’impact des petites crues en limitant le ruissellement. Pour cela, il faut favoriser l’infiltration de l’eau dans le sol avant qu’elle ne rejoigne le cours d’eau. La couverture des sols en hiver par des cultures intermédiaires, le maintien des zones humides et des zones d’expansion des crues ou encore la restauration du bocage par des talus et des haies, bref tout type d’aménagement susceptible en amont de retenir et freiner l’eau, sont de bons exemples de pratiques à adopter.