L’orientation et l’exposition du rivage sont, avec sa nature, les facteurs clés expliquant l’ampleur de l’érosion et les dommages. Cependant, les actions de l’homme les aggravent parfois.
Les paramètres conditionnant l’évolution
La géomorphologie, les caractères topographiques de la zone côtière et l’exposition des rivages aux agents naturels déterminent la sensibilité aux agressions naturelles et anthropiques. Ce sont essentiellement les littoraux bas formés de matériaux sédimentaires (pays Bigouden, côte léonarde) et les littoraux à falaises constituées de matériaux sédimentaires non consolidés (dépôts quaternaires) (Trégor, baie de Saint-Brieuc) qui subissent le plus grand nombre de dommages. Ainsi, les blockhaus du mur de l'Atlantique (baie d’Audierne), qui étaient en arrière des cordons dunaires il y a 60 ans, se retrouvent aujourd'hui sur la plage, voire sous les eaux. Les communes non touchées par l’érosion se localisent en bordure ou en fond d’estuaire.
Les flux naturels de sédiments sous l’action des vagues dans les zones intertidale et infratidale et sous l’action des vents sur les accumulations dunaires déterminent l’évolution permanente des rivages meubles. Lorsque les sédiments sont abondants et en l’absence d’intervention humaine, un équilibre dynamique se met en place : les érosions subies par les rivages, notamment durant l’hiver lorsque les agents naturels sont agressifs, sont compensées par des apports de sédiments au cours de la période plus calme de la saison estivale suivante. La pénurie contemporaine en sédiments nouveaux conduit cependant à un déséquilibre de ces flux de sédiments, les érosions n’étant plus compensées par des apports frais. En Bretagne, la production de sédiments par les processus de l’érosion continentale est actuellement très maigre et, de ce fait, incapable d’équilibrer les pertes subies par les côtes d’accumulation : seules des argiles fines sont emportées par le ruissellement lors de l’érosion des sols et contribuent à l’envasement des estuaires.
Submersion marine
Les paramètres météorologiques, notamment les caractéristiques des tempêtes et les séries chronologiques de mesures des vents forts (vitesses et directions des vents égaux ou de plus de 20 m/s) : en Bretagne plus de 40 % des dommages sont provoqués par les tempêtes et les actions marines. Les dommages occasionnés sont des érosions des rivages atteints par les vagues, notamment lorsqu’elles sont forcées par les vents de tempête, et des submersions de zones basses lorsque les vagues franchissent, écrêtent ou éventrent les cordons littoraux sableux ou de galets. Les espaces estuariens subissent également des débordements lorsque des marées de vive eau coïncident avec des surcotes barométriques et des vents forts orientés dans le sens des rivières côtières.
Les paramètres marins, en particulier les houles sur les rivages exposés, les courants et les mouvements verticaux du niveau de la mer (élévation du niveau de la mer, surcote due au vagues fortes poussées par le vent vers les rivages, surcotes dues aux dépressions barométriques) sont à l’origine de nombreux dommages. Les littoraux de la Bretagne sont différemment exposés aux vagues fortes selon qu’ils sont orientés vers l’Océan Atlantique, la Manche ou le golfe de Gascogne. L’élévation contemporaine du niveau de la mer mesurée avec fiabilité par le marégraphe de Brest est de l’ordre de 1,2 mm/an. Comparativement, l’élévation était de l’ordre de 0,3 mm/an au début du XIXème siècle. Elle ne présente pas d’accélération perceptible au cours des dernières décennies (Service Hydrographique et Océanographique de la Marine, 2004). Il est important, lorsque l’on considère les résultats des marégraphes, de prendre en compte les mouvements tectoniques de la zone où ils sont implantés.
Les agents et les processus « continentaux » façonnent le littoral : le contexte climatique (précipitations, vents, températures et humidité), infiltration et ruissellement, alternance gel-dégel, processus chimiques et biologiques, appel au vide (décompression ou décohésion) sont autant d’agents d’érosion prépondérants, notamment sur les côtes à falaises.
Conséquence de l'artificialisation du cordon dunaire par des enrochements
Cependant, le phénomène naturel d'érosion des côtes est aggravé par les activités humaines (aménagement des fleuves, extraction de granulats dans le lit des rivières et en mer, drainage des marais littoraux, implantations d’ouvrages entravant les transits naturels de sédiments...). La Bretagne n’est pas épargnée par ces causes anthropiques de l’évolution littorale. L’installation imprudente de constructions en bord de mer est généralement suivie par la mise en place de structures de défense contre l’érosion marine qui peuvent conduire à l’accélération des processus d’érosion ; les carrières ouvertes dans les massifs dunaires et dans les cordons de galets (baie d’Audierne) ont largement entamé les réserves sédimentaires de nombreuses plages renforçant le recul naturel du trait de côte ; les extractions de sable opérées en mer à proximité des rivages sédimentaires ont également contribué à leur fragilisation.