Alors que la plaisance bénéficie d'une image environnementale positive (accès privilégiés aux paysages marins, navigation à voile, etc.), ses impacts sur l'environnement ne sont pas négligeables. Les aménagements portuaires peuvent modifier le littoral, les paysages, la circulation des courants, des sédiments, et les milieux (herbiers, zone de reproduction de la faune). Les navires et engins de plaisance, eux-mêmes, interviennent sur les milieux naturels : bruits, sillages, déchets, rejets éventuels et impacts des mouillages notamment sur ancre. En concentrant les navires, les ports et mouillages concentrent aussi les nuisances (déchets, eaux usées, hydrocarbures, détergents, etc.). Leur capacité croissante augmente aussi la pression sur les sites protégés.
Comme tout développement d'activités, l'accroissement de la flotte de plaisance a nécessité de nouvelles infrastructures qui ont contribué à l'artificialisation de la côte. La construction d'un port ou son extension a des impacts sur le milieu littoral et marin. Ces impacts sont soit limités à la période de construction, soit permanents du fait même de la présence du port et de son fonctionnement. D'autre part, tout projet portuaire modifie plus ou moins profondément le paysage naturel ou urbanisé sur lequel il se greffe.
Les mouillages se multiplient sans que le processus soit toujours maîtrisé
« A la belle saison, les bateaux vont mouiller dans des criques, des baies . Il pourra y avoir dégradation des fonds par des dépôts de macrodéchets (bouteilles, bidons, sacs plastiques,...), arrachage d'herbiers par les ancres ou érosion des fonds. Un bateau mouillant dans une anse ou accostant une île n'aura pas, à priori d'impact significatif ou irréversible, 100 bateaux créeront une nuisance dont les effets ne seront pas forcément annulés durant la morte saison, provoquant un cumul des nuisances d'une année sur l'autre et altérant des zones « sauvages » qui peuvent, par ailleurs, faire l'objet de mesures de sauvegarde. » [1] Cela nécessite donc que chacun connaisse et adopte les pratiques conduisant à une réduction des impacts.
Impact des mouillages fixes (Port-Navalo)
En Bretagne, les mouillages sont conditionnés par l'amplitude du marnage en Manche, par la vulnérabilité des fonds marins, l'envasement, les courants, l'exposition aux vents, le clapot, etc. Toutefois, ils ont tendance à se multiplier sans que le processus soit toujours maîtrisé, avec parfois des risques de dégradation de l'environnement marin. Ainsi, dans le Golfe du Morbihan, on a constaté qu'ils dégradent les herbiers à zostère sur lesquels ils sont installés. Les chaînes de mouillage raclent les fonds à marée basse. Par endroits (anse de Port Navalo), jusqu'à 25 % du couvert végétal a disparu [2]. A l'échelle régionale, l'endommagement des herbiers à zostère est variable selon les sites en fonction de la profondeur et des courants. Les ancres de bateaux de plaisance ne sont pas les seules en cause ; parmi les autres sources de disparition des herbiers à zostère, on trouve le dragage,le chalutage, l'augmentation de la turbidité dans les eaux côtières, etc. La cartographie et le suivi de ces habitats d'intérêt écologique et patrimonial devrait permettre de prendre les mesures nécessaires pour les protéger.
Le schéma de mise en valeur de la mer (SMVM) du Golfe du Morbihan souligne également que le bruit et la vitesse des engins à moteurs occasionnent des perturbations pour l'avifaune ou pour les autres usagers de la mer, notamment les conchyliculteurs quand les passages créent de trop fortes vagues. Des motifs analogues conduisent par exemple à la limitation de la vitesse dans l'estuaire de la Rance, et les naturalistes font état d'un dérangement des oiseaux en présence de kite-surfet de jet-ski. Les mammifères marins sont aussi perturbés tel qu'en mer d'Iroise (abords de Sein et de l'archipel de Molène) où certains plaisanciers à moteur poursuivent les dauphins et dérangent les phoques. Les perturbations ne se limitent pas à la mer mais aussi aux îles accessibles uniquement par les petits bateaux de plaisance. Accoster une île n'est pas sans conséquence pour les espèces végétales ou animales qui y ont trouvé refuge. Ainsi le dérangement par les plaisanciers a contribué, au cours des années 1970, à la disparition des colonies de sternes sur Méaban, face au golfe du Morbihan.
Pollution dans les ports
Si la plaisance apparaît globalement peu polluante, elle participe cependant aux sources de pollutions dans les ports par la vie des plaisanciers à bord de leur bateau (eaux usées et eaux vannes, déchets) et par l'entretien des bateaux (utilisation de peintures antisalissures, de détergents lors des carénages notamment, entretien des moteurs, approvisionnement en carburant). L'exemple le plus connu est celui du tributylétain (TBT) utilisé comme matière active dans les peintures antisalissures, et considéré comme un polluant du milieu marin. Ces peintures agissent en diffusant dans le milieu des quantités importantes de tributylétain qui est très toxique pour les mollusques à des concentrations extrêmement faibles. Il entraîne des modifications significatives de la sexualité des gastéropodes marins ainsi que des anomalies dans la calcification des coquilles d'huîtres. La restriction d'utilisation du TBT a eu pour effet de susciter le développement et l'usage de nouvelles substances chimiques pour la protection des bateaux ou des installations portuaires et industrielles. Celles-ci doivent néanmoins être employées avec précaution : La contamination du milieu marin par ces nouveaux produits à caractère de biocides est encore mal connue et fait l'objet de recherche. Les peintures enrichies en cuivre se sont développées et les suivis du réseau national d'observation du milieu marin (RNO) sur les matières vivantes ont montré une augmentation des teneurs en cuivre notamment dans les coquillages.
Le taux d'équipement en dispositifs de prévention des pollutions observé dans les ports de notre région reste faible. Néanmoins, les pouvoirs publics et des gestionnaires de ports commencent à mettre en place des actions en faveur de l'accueil et d'une meilleure qualité environnementale dans les ports de plaisance en Bretagne. Les ports ainsi que les clubs et associations de plaisanciers ont un rôle à jouer pour que chaque usager adapte ses pratiques sur les sites qu'il fréquente.