Introduction : habitats naturels, ou culturaux, ou culturels
Landes littoralesLe terme lande, d'origine celtique
lann, signifie terre inculte, découverte et libre. C'est une formation végétale composée d'arbrisseaux et de petits arbustes. Les termes qui désignent cette végétation originale sont multiples comme en témoignent les toponymes Bruyère, Brière, Bruère, Brenne, Brande, Brug, Broerec, Lanneg, Lannou, Lann ki, etc. Elles se rencontrent sur les terres les plus pauvres et les plus ingrates pour le paysan (terres froides).
Pour la plupart, leur existence est liée aux opérations de défrichement de maigres bois et forêts, du Moyen-Âge jusqu'au début du XIXe siècle, date de leur extension maximale en Europe et en France. Seules les landes des falaises littorales et de quelques systèmes dunaires sont considérées comme naturelles, primaires ou «
climaciques ».
Lande secondaireLes autres, qualifiées de secondaires, sont des végétations semi-naturelles mais leur stabilité et leur valeur patrimoniale n'en sont pas moins aussi élevées que celles des landes primaires.
Jusqu'au milieu du XIXe siècle, la plupart des landes sont des terres vaines ou "communs", terres dont les habitants du village ou des environs avaient coutume de jouir en commun en toute période de l'année en vertu, soit d'un droit, soit d'une simple tolérance du propriétaire. A l'aube du XXe siècle, il ne reste plus de communs et les landes sont partagées en de multiples parcelles.
L'évolution des usages au cours de l'histoire influence la surface et la distribution régionale des landes (voir le tableau 1).
Tableau 1 : Evolution des usages et des landes | Usages | Modes de gestion | Jusqu'à la fin du XIXe siècle | 2e moitié du XXe siècle | Aujourd'hui et demain ! |
| pâtures, animaux sauvages | feux contrôlés | oui | déclin | oui, localement expérimentations |
| pâtures, parcours d'animaux domestiques | feux contrôlés | oui | déclin | oui, localement expérimentations |
| produits pour la ferme : litière, fourrages | fauche et récolte | oui | déclin | oui, opération locale agri-environnementale |
| cultures temporaires | écobuage | oui | non | non |
| réaffectations agricoles | amendements et fertilisation, drainage | non | oui | déclin |
| réaffectations forestières | plantation d'essences exotiques, drainage | non | oui | déclin |
| urbanisation | | non | oui | loi littoral, plan d'occupation des sols |
logoLes landes, espace intégré à l'économie rurale, sont exploitées. La pâture et la fauche pour la litière, ont contribué à des exportations récurrentes. La pauvreté des sols s'en est trouvée accentuée, et par là-même leur stabilité ébranlée. Au XVIIIe siècle, le Duc de Rohan se plaint « qu'en étrépant les landes pour enlever les mottes jusqu'à mettre le roc à nu, les paysans bretons les rendissent à jamais stériles ».
Associées aux landes et en étroite interdépendance, les pelouses sont confinées aux affleurements rocheux ou sous la dépendance, comme les landes, d'activités agricoles extensives, essentiellement la fauche. Quelles que soient les pratiques culturales, ces habitats sont pauvres en substances nutritives : ils sont dits oligotrophes.
Les landes et les pelouses, toujours d'apparence sauvage, ou naturelle, sont donc en réalité un habitat où la qualité culturelle le dispute à la valeur naturelle du patrimoine.