L'écosystème lande : de la connaissance à la gestion
Les landes sont gérées par l'homme jusqu'au milieu du XXe siècle, mais les années 1960 voient leur statut changer, elles deviennent des « zones d'inculture ». En 1972, à la suite d'un voyage d'étude en Grande-Bretagne, des universitaires de l'Université de Rennes 1, constituent un « Groupe d'étude des landes armoricaines » (Gela) soutenu par la Délégation générale à la recherche scientifique et technique. La reconnaissance par le Centre national de la recherche scientifique conduit, en 1978, à la mise en place d'une Equipe de recherche associée « Era Ecologie des landes ». Le colloque de Paimpont, en 1979, réunit pour l'essentiel les chercheurs britanniques de la British ecological society et ceux de la Société française d'écologie (Actes du Colloque. Bull. d'écologie, 1980). Dès 1982, et à raison d'une réunion tous les 3 ans, un réseau international s'établit pour confronter l'état d'avancement des connaissances des landes atlantiques. 1992 est l'année de la 4e rencontre en Bretagne qui réunit, pour la première fois, chercheurs et gestionnaires. Octobre 1998 voit la concrétisation de cette interface lors du séminaire international Life, consacré à la gestion des landes atlantiques, et co-organisé à Morlaix par la Royal society for the protection of birds, le Cornwall wildlife trust et Bretagne Vivante. Les principaux acteurs de la conservation et de la gestion patrimoniales sont le Parc naturel régional d'Armorique (Opération groupée d'aménagement foncier - Opération locale agri-environnementale, Monts d'Arrée), les associations de protection de la nature, le Conservatoire régional des espaces naturels, Bretagne vivante, la Fédération centre-Bretagne environnement, le Conservatoire du littoral et des rivages lacustres, les fondations pour la protection des habitats de la faune sauvage, les Espaces naturels sensibles des Conseils généraux, la Direction régionale des affaires culturelles (Carnac), etc.
Patrimoine naturel et diversité
Les habitats - Les landes se caractérisent par la présence dominante d'arbrisseaux de la famille des éricacées, la callune, les bruyères cendrée, ciliée, à 4 angles, vagabonde, etc. associées à des arbrisseaux ou arbustes de la famille des papillionacées, les ajoncs d'Europe, nain, de Le Gall, les genêts d'Angleterre, plus localement des cistacées comme les hélianthèmes en ombelle. Les associations ou les coexistences entre ces différentes espèces dépendent de différents facteurs écologiques (voir les tableaux 2 et 3).
Tableau 2 : Identification des landes littorales et des îles
Type de lande
Association végétale
Localisation
lande thermo-atlantique, sur sols non podzolisés, basiques
Tableau 3 : Identification et localisation des landes de Bretagne intérieure
Landes
Bretagne occidentale
Bretagne orientale
sèches
Lande hyperatlantique à bruyère cendrée et ajonc de Le Gall Ulici gallii - Ericetum cinereae Lande hyperatlantique à bruyère cendrée et myrtille Vaccinio myrtilli - Ericetum cinereae
Lande atlantique à bruyère cendrée et ajonc d'Europe Agrostis curtisii - Ericetum cinereae Lande thermoatlantique à bruyère cendrée et hélianthème en ombelle Helianthemo umbellati - Ericetum cinereaeLande atlantique subsèche à bruyère cendrée et ajonc nain Ulici minoris - Ericetum cinereae
mésophiles
Lande méridionale hyperatlantique Ulici gallii - Ericetum ciliaris
Lande méridionale atlantique et bruyère ciliée et ajonc nain Ulici minoris - Ericetum ciliaris
humides
Lande méridionale hyperatlantique à bruyère tétragone et ajonc de le Gall Ulici gallii - Ericetum tetracilis
Lande méridionale atlantique et bruyère tétragone et ajonc nain Ulici minoris - Ericetum tetracilis
Variante hyperoligotrophe à scirpe cespiteux Scirpetosum germanici
tourbeuses
Communauté hyperatlantique à rhynchospore blanc et sphaigne de la Pylaie Sphagno pylaisii - Rynchosporetum albae
Communauté septentrionale à rhynchospore blanc et sphaigne tenue Sphagno tenelli - Rynchosporetum albae
Lande atlantique à bruyère tétragone et sphaigne compacte Sphagno compacti - Ericetum tetracilis et variante hyperoligotrophe à scirpe cespiteux Scirpetosum germanici
La géographie, via la latitude, l'altitude ou la distance à la mer, rend compte des variations climatiques qui déterminent la distribution des plantes. La nature des roches et la géomorphologie déterminent le type de sol et l'hydrodynamique des stations. Si les landes occupent toujours les sols pauvres en éléments nutritifs, il existe néanmoins un gradient à l'intérieur de cet ensemble. Le mode d'alimentation en eau, l'excès ou le déficit, ont un rôle majeur sur le statut des communautés biologiques présentes. Il est classique de distinguer 4 types de landes en fonction de l'humidité : les landes sèches sur rankers, les landes peu humides sur les sols podzoliques, les landes humides sur les sols dégradés et hydromorphes et les landes tourbeuses sur les histosols ou sols tourbeux. La lande se développe et se maintient sont en premier lieu sur des grès, des schistes et quartzites, des arènes granitiques, des sables non calcaires et aussi les serpentines, roches à haute teneur en magnésium. Le statut écologique des landes est caractérisé par l'aptitude des espèces à résister ou tolérer les contraintes physiques et chimiques de leur environnement. Ces espèces contribuent souvent par leur propre développement à accentuer le niveau de ces contraintes, par exemple en étant à l'origine d'humus bruts, acides qui peuvent altérer la nature du sol et ainsi renforcer leur stabilité. Néanmoins, dans une grande partie du territoire breton, les activités humaines, les usages anciens ont également fortement contribué à la genèse et à la stabilité de la lande et des pelouses (voir tableau 4). Elles ont constitué des terres de parcours mais aussi des terres froides, c'est-à-dire des espaces où l'Homme a continuellement prélevé, par fauche, par étrépage, le matériau végétal et l'humus afin de fertiliser les terres chaudes ou terres cultivées. L'usage des feux a aussi contribué à l'appauvrissement progressif des sols même si la pratique locale de l'écobuage avait pour principale fonction de les fertiliser en vue d'une culture temporaire ; cette action fertilisante instantanée a accéléré le processus d'appauvrissement à long terme et contribué à la déstructuration des sols et à leur hydromorphie par l'action des cendres.
Tableau 4 : Identification et localisation des pelouses et fourrés intégrés au contexte des landes de Bretagne intérieur
Pelouses
Bretagne occidentale
Bretagne orientale
écorchée
Pelouse hyperatlantique bryolichénique à orpin anglais et fétuque ovine Festuco tenuifoliae - Sedetum anglici
Pelouse hyperatlantique bryolichénique à orpin anglais et fétuque ovine Festuco tenuifoliae - Sedetum anglici
piétinée
Pelouse acidiphile hyperatlantique à agrostis de Curtis et laiche à 2 nervures Carici binervis - Agrostietum curtisii
Pelouse acidiphile thermoatlantique à agrostis de Curtis et glaieul Gladiolo illyrici - Agrostietum curtisii
fauchée
Pelouse hyperatlantique à scorzonère humble et chardon tubéreux Cirsio filipenduli - Scorzoneretum humilis
Pelouse thermoatlantique à agrostis de Curtis et vulgaire Agrostietum capillaris - curtisii
incendiée
Pelouse pionnière à agrostis de Curtis et orpin anglais Pelouse pionnière à agrostis vineale et polytrics
fourrés
Fourré à ajonc d'Europe et germandrée Fourré à fougère aigle et bourdaine Fourré à genêt à balai et agrostis vulgaire Fourré à bruyère à balai et bourdaine Communauté à fougère aigle et ronce Communauté à fougère aigle et molinie