Nombre d'hôtels par communeLes touristes d’aujourd’hui se préoccupent de plus en plus des questions environnementales. Une enquête révèle ainsi que près de la moitié des personnes « estiment que la qualité environnementale est un critère crucial pour choisir leur lieu de vacances » [
1].
Le principal atout de la Bretagne, pour les touristes, réside dans son patrimoine naturel maritime. Avec 2 730 km de côtes, la Bretagne est la région française comptant le plus long littoral. Et la mer demeure la destination préférée des Français avec 47,2 % des journées de vacances estivales [2]. La Bretagne tire aussi parti d’un certain nombre d’avantages dont ses paysages variés, d’une grande qualité esthétique. Le patrimoine naturel de la région est particulièrement riche : grands sites naturels maritimes prestigieux (Pointe du Raz, Cap de la Chèvre, Cap Fréhel, Baie du Mont Saint-Michel, etc.) mais aussi paysages pittoresques de l’intérieur (Mont-Saint-Michel de Braspart au sein du Parc naturel régional d’Armorique, Forêts de Paimpont et de Huelgoat etc.), grand nombre d’îles (Houat, Belle-Ile, Batz, Ouessant, etc.) et zones humides (réserve naturelle de Séné). En dehors de la montagne, la Bretagne propose les trois principaux territoires touristiques : la mer, la ville et la campagne.
Résultat : l’image de la Bretagne est indéniablement excellente chez les Français ! Selon un sondage sur les régions balnéaires préférées des Français, la péninsule bretonne arrive en tête avec 21 % d’opinion favorable [3]. Avec plus de 71 millions de nuitées de résidents en France, la Bretagne se place au 4e rang des régions réceptrices en France. Au total, ce sont 12 millions de séjours qui ont été passés dans la région en 2006 [4]. Les nuitées étrangères représentent environ 20 % de ces effectifs. Elles sont composées à 32,7 % d’Anglo-saxons, 13,1 % d’Allemands puis d’Italiens, de Grecques et Luxembourgeois pour la plupart [5], en ce qui concerne l’hôtellerie sur l’année 2005.
Le tourisme représente à lui seul près de 8 % du PIB breton et 4,6 % de l’emploi salarié régional en haute saison [6]. Cependant, le nombre de nuitées bretonnes a baissé de 12,6 % entre 1997 et 2005 [7]. Cette baisse de la fréquentation des hébergements marchants et non marchants interroge l’avenir de l’économie touristique bretonne et demande des adaptations rapides de l’offre régionale.
L'environnement et le tourisme : quel impact ?
Nombre de campings par communeObjet de valorisation en cas de bonnes pratiques, l’environnement est, de manière corollaire, un facteur d’évitement d’un territoire si certains critères ne sont pas respectés. La Bretagne peut ainsi pâtir d’une image « négative » liée aux problèmes de pollutions de l’eau, lisiers, marées vertes, et bien entendu au naufrage de l’Érika en décembre 1999. D’ailleurs, la fréquentation de l’hôtellerie classée et de l’hôtellerie de plein air par des vacanciers allemands a baissé de 18,5 % de 1999 à 2002 [
8].
La gestion de l’environnement apparaît donc, aujourd’hui, comme une « clé de voûte » essentielle du tourisme en Bretagne. D’autant plus que 33 % des Français émettent un avis favorable sur la région en raison de la beauté et de la diversité de ses paysages, et 11,3 % pour sa nature préservée, sauvage et authentique [9].
Toutefois, et plus globalement, les vacanciers souhaitent se retrouver en harmonie, en conformité avec leur environnement. Ce dernier n’est donc plus uniquement considéré sur le plan de la préservation, mais peut aussi être envisagé comme un moyen de valorisation du territoire. A la condition toutefois que cette valorisation, qui se traduit en termes de fréquentation, s’accompagne aussi de réduction des impacts et s’effectue sans exclusion sociale.
Cependant, s’il est mal géré, le tourisme peut aussi être un vecteur indiscutable de pollution et de dégradation de l’environnement. Et ce, de par sa nature même : il est concentré dans l’espace et dans le temps. En Bretagne, ce phénomène est sans doute plus accentué que dans d’autres régions françaises, car les touristes se retrouvent en très grande majorité sur le littoral où le climat local raccourcit la saison estivale, par rapport au sud de la France notamment.
Déjà, afin de parvenir sur leur lieu de villégiature, les touristes se déplacent en très grande majorité en voiture : 84 % des Français [10] utilisent ce mode de locomotion ! Les étrangers ont des habitudes de transport plus diversifiées. Or, le secteur du transport était responsable de 26 % des émissions de gaz à effet de serre en France en 2003 ! Ce phénomène a tendance à s’accentuer avec la nouvelle tendance sociale sur la prise de congés : plus de courts séjours et souvent plus loin du domicile. Donc plus de trajets !
Puis, une fois sur place, les vacanciers pratiquent généralement des activités concentrées sur un même territoire. S’en suivent des problèmes de gestion des flux d’énergie, d’eau, et de déchets. Les secteurs de la plaisance et des sports nature sont particulièrement sensibles à cette question. Les îles bretonnes subissent ainsi des dommages significatifs liés à cette concentration estivale.
La biodiversité peut également être impactée indirectement suite à des activités liées aux loisirs ou au tourisme. Ainsi, par exemple, importé délibérément d’Afrique pour alimenter des parcs zoologiques, l’Ibis sacré à progressivement colonisé les zones humides proches des littoraux pour former des populations sauvages. A présent bien implanté en Bretagne, ce bel oiseau continue à augmenter ses effectifs et inquiète les gestionnaires de réserves naturelles.
Une autre problématique environnementale liée en partie au tourisme concerne l’urbanisation des sites. Les hôtels, centres de loisirs, campings et autres équipements touristiques sont consommateurs de foncier bien que n'assurant leur rentabilité économique que pendant une période estivale courte. Les campings de la région occupent 2 500 hectares, principalement en bord de mer. Ils offrent maintenant souvent la possibilité de bénéficier d'une habitation dite temporaire (mobil home, habitat léger de loisir). Or, cette dernière est pérenne puisque présente à demeure sur des terrains toujours plus équipés, offrant finalement des espaces presque "urbanisés" sur des sites naturels. Par ailleurs, des surfaces parfois importantes d'un territoire communal peuvent aussi être "aménagées", souvent illégalement, pour de l'hébergement touristique sur parcelles privées.
Autre point, l’investissement de plus en plus important dans des résidences secondaires. Entre 1993 et 2002, 14 329 logements à destination de résidence secondaire ont été mis en chantier en Bretagne, et les demandes sont en augmentation. Au total, ce sont 13 % des logements que compte aujourd’hui la région qui sont des résidences secondaires. Celles-ci se concentrent en forte proportion le long du littoral (86 %) et sont composées en grande majorité de maisons individuelles en secteur diffus. En dehors de l'aspect "fantomatique" d'habitations et des effets sur l’environnement, ces logements conduisent parfois à des difficultés pour l'accès au logement des autochtones. [11]