L'élevage : un tournant décisif pour l'agriculture bretonne
Passant d'une agriculture familiale semi-autarcique à une agriculture de marché fortement industrialisée, la Bretagne est la région française qui a connu, sur le plan agricole, les plus forts bouleversements.
C'est au début des années 1960 que l'agriculture bretonne s'est résolument tournée vers l'élevage. La production bovine s'est accrue rapidement avec l'intensification fourragère. Les élevages de volailles sont apparus et ceux de porcs "hors-sol" se sont développés. Aujourd'hui, la Bretagne occupe la première place en terme de chiffre d'affaires des régions agricoles françaises pour les productions animales.
Impact sur les pratiques culturales
BocageLe
bocage breton, structure traditionnelle de l'espace agricole, le talus planté et la haie constituent un maillage qui a fortement évolué depuis 1960. La taille des exploitations a été multipliée par trois en 40 ans (30 hectares), mais reste inférieure à la moyenne française (42 hectares). Les deux tiers des haies ont été arasées et l'avenir des haies subsistantes est compromis, du fait d'une régénération insuffisante. Les pratiques culturales ont aussi été modifiées, entraînant :
- la suppression de nombreux aménagements ayant une fonction hydraulique tels les fossés ou les mares ;
- la suppression de ruptures de pente, destinées à freiner l'écoulement des eaux et à favoriser les dépôts de sédiments (talus,etc.) ;
- l'augmentation de la vitesse de ruissellement avec l'extension des surfaces labourées, au détriment des pâturages et des prairies qui sont essentiels pour l'infiltration de l'eau.
logoAvec la traction mécanique et l'utilisation d'engrais chimiques ou de fermes, les méthodes culturales se sont modernisées. Entre 1955 et 1996, la quantité d'azote apportée par les déjections animales a plus que doublé (230 000 tonnes, en 1996) et représente en moyenne 130 kilogrammes par hectare avec de très fortes disparités [1]. Cette augmentation a conduit plusieurs cantons bretons à des excédents structurels par rapport aux exportations possibles par les plantes. Par ailleurs, les teneurs des sols en phosphore tendent à augmenter fortement sur les parcelles fertilisées par des lisiers. Cette augmentation est liée à des apports dépassant les besoins des plantes. De même, les teneurs des sols en cuivre et en zinc, deux éléments présents à l'état de trace dans les lisiers, ont été multipliées par 2 en 20 ans sur ces mêmes parcelles [1].
Dans le même temps, la part de la surface agricole utilisée réservée à la prairie permanente a été réduite de moitié, alors que la part des sols labourés accueillant des prairies artificielles et surtout du maïs "fourrage" a augmenté. Ainsi, le nombre de bovins à l'hectare a cru.
Cette intensification n'a pas été sans conséquence sur l'environnement, puisque la Bretagne est confrontée depuis quelques années à de sérieux problèmes de dégradation de la qualité des eaux (enrichissement de leurs teneurs en nitrates, en phosphates et pesticides) et que l'on craint une altération de la qualité des sols.
Vers un changement des pratiques culturales ?
Il y a, pourtant aujourd'hui, une prise de conscience des menaces qui pèsent sur le sol et, indirectement sur l'eau. Elle se traduit notamment, par des modifications de pratiques que l'on pensait établies. Ces changements s'appuient sur la réglementation ou se développent sur une base volontaire.
Parmi les nouvelles méthodes de plus en plus utilisées, on trouve la fertilisation raisonnée. Elle repose sur une meilleure prise en compte de la valeur fertilisante des déjections animales. Les apports en fertilisants sur les sols bretons sont, désormais, réglementés en fonction d'une quantité maximum d'azote organique épandable. Autre changement, les pratiques culturales simplifiées remplacent peu à peu les labours.
La place considérable données au maïs dans la production fourragère est peu à peu remise en cause. Moins de produits phytosanitaires sont à présent utilisés, dans la conduite de cette culture et des systèmes prairiaux la remplace, de plus en plus, comme base d'alimentation des élevages.
Quant aux haies, dont la fonction régulatrice est désormais reconnue, elles sont parties prenantes d'un aménagement du territoire raisonné.