Une station forestière est une étendue boisée « naturelle » dont la superficie varie de quelques ares à plusieurs dizaines d'hectares. En sont exclus les boisements récemment implantés sur d'anciennes terres agricoles.
Les stations forestières bretonnesL'ensemble des conditions écologiques qui y règnent, c'est-à-dire son climat, son relief, la nature des roches sur lesquelles elle repose, son sol et la flore qui s'y développe spontanément sont homogènes.
Au même titre que les autres végétaux, chaque espèce d'arbre a ses préférences pour se développer de façon optimale. C'est pourquoi il est essentiel de connaître le type de station forestière d'un terrain pour en évaluer le potentiel de
production de bois.
Le sylviculteur pourra alors favoriser les essences les mieux adaptées dans les peuplements existants, ou bien choisir celles à introduire, ainsi que les techniques à employer pour en optimiser la gestion. Par exemple, il évitera les grandes coupes rases sur des stations à nappe d'eau temporaire, ou encore il conservera les feuillus secondaires (Saule, Tremble, Bouleau, etc.) sur les stations forestières de faible fertilité afin de ne pas appauvrir davantage le sol.
Les huit grandes familles de stations forestières bretonnes
Schématiquement, on peut définir huit grandes familles de stations forestières en Bretagne. Chacune possède une physionomie et un fonctionnement spécifique.
Tableau : Les grandes familles de stations forestières bretonnes (Source : CRPF)
| Famille de stations |
Fertilité forestière |
| Stations de bordure de cours d'eau |
Bonne, voire très bonne, pour la production de peupliers, de frêne, d'aulne glutineux de chêne pédonculé |
| Stations riches à sol profond et bien drainé |
Excellente pour la production du chênes, du hêtre, du merisier, du châtaignier, de l'érable sycomore et du douglas |
| Stations moyennement riches à sol profond et bien drainé |
Bonne pour la production de chênes, de merisier, de châtaignier et de douglas |
| Stations pauvres à sol profond et bien drainé |
Moyenne, plutôt à réserver pour la production de chêne sessile, de hêtre et de pins |
| Stations sèches à sol peu profond |
Faible, adaptée aux essences frugales comme le Pin maritime, le Pin sylvestre, le bouleau |
| Stations pauvres à nappe d'eau temporaire |
Très faible, optimale pour la production de pins, de bouleau et d'épicéa de Sitka |
| Stations assez riches à nappe d'eau temporaire |
Bonne pour la production de chêne pédonculé |
| Stations marécageuses |
Très faible ; la mise en valeur forestière est difficile mais ces stations possèdent une grande valeur biologique ; il est souhaitable de les conserver en l'état |
les guides de stations forestières bretonnesAu sein de ces huit grandes familles, on peut décliner plus finement les types de stations, tout en les assortissant de recommandations précises pour leur valorisation. C'est pourquoi le Centre régional de la propriété forestière a réalisé quatre guides de stations forestières couvrant près de la moitié du territoire breton. Le guide des
landes de Lanvaux dénombre 16 % stations distinctes, celui de la
Bretagne centrale en compte 12, celui de l'
Argoat en distingue 7, et celui de la
Moyenne Vilaine en comptabilise 13. A ce jour, seules quelques stations sur sol calcaire ne sont pas décrites mais
elles restent très rares et couvrent une surface limitée en Bretagne.
Dans chacune des zones inventoriées, les stations forestières les plus représentées diffèrent. Alors qu'en moyenne Vilaine, on trouve plus fréquemment un type de station sur sols profonds, propice aux feuillus et en particulier au Chêne sessile, dans les landes de Lanvaux, c'est un type de station à sol également profond mais convenant surtout au Pin maritime qui prend le relais.
Méthode pour identifier une station forestière
Avant de déterminer le type de station qui correspond à un terrain boisé, il est important de prendre quelques précautions. Il faut se placer dans une zone bien représentative et homogène du point de vue de la topographie, du peuplement forestier et de l'aspect de la flore. Loin des lisières, des pistes ou des talus, les observations doivent se faire sur un milieu non perturbé.
Une fois que le forestier a fixé sa zone d'étude, il relève les critères écologiques qui décrivent son terrain : l'exposition, le relief, la nature de la roche sous-jacente, du sol et de l'humus, ainsi que la flore présente spontanément. Si nécessaire, ces données in situ, sont complétées par des recherches documentaires sur les conditions météorologiques et la géologie locale. Ces informations sont ensuite utilisées pour répondre aux questions posées par les clés de détermination que l'on trouve dans les guides d'identification des stations.
L'examen de la pente et de l'exposition du terrain permet d'affiner les paramètres météorologiques généraux pour connaître le microclimat. Celui-ci conditionne la disponibilité en chaleur et en eau. Ainsi, les fonds de vallon présentent des risques de gelées plus importants car l'air froid a tendance à y stagner. Les sommets sont, quant à eux, peu abrités du vent, et les versants au nord sont moins ensoleillés qu'au sud. Le relief renseigne aussi sur la formation des sols, la circulation de l'eau et des éléments nutritifs. Pour un même type de roche, les bas de versant portent des sols plus frais, plus riches et plus épais que les hauts de pente, ou encore un plateau est moins bien drainé qu'un versant, etc.
Afin de connaître la nature du sous-sol, le forestier consulte la carte géologique locale et observe les roches sur le terrain. Le sous-sol détermine en grande partie les caractéristiques du sol (acidité, texture, épaisseur) et ses aptitudes forestières. Ces dernières dépendent de sa réserve en eau utile, en sels minéraux et de ses conditions d'oxygénation. Pour évaluer ces trois facteurs, le forestier sonde le sol sur environ 1,20 % m de profondeur à l'aide d'une tarière pédologique. Il en déduit la texture et la profondeur du sol. Il observe également la nature de l'humus qui apporte des informations sur l'acidité du milieu et la disponibilité en éléments nutritifs. Par exemple, plus un sol est riche, plus la couche d'humus est mince.
L'analyse des plantes qui poussent spontanément sous le peuplement forestier vient parfaire le diagnostic de la station. Le tapis végétal est peu perturbé par l'activité forestière et sa composition floristique reflète les conditions écologiques de la station (pH, disponibilité en éléments nutritifs, alimentation en eau et éclairement). Un groupe floristique donné traduit donc indirectement la nature du sol, l'exposition, etc. Un bon moyen de compléter et de préciser les informations acquises par l'examen des autres facteurs du milieu (topographie, géologie, humus, etc.).
Les guides de stations sont donc de bons outils de diagnostic qu'il ne faut pas hésiter à utiliser.