Contrairement à ce que l’on pourrait croire, lorsque l’eau de pluie touche le sol, la plus grande part retourne immédiatement à l’atmosphère. Ainsi, on considère qu’en moyenne en France métropolitaine, 61 % de l’eau de pluie s’évapore, 23 % s’infiltre dans le sous-sol et 16 % ruisselle dans les cours d’eau [1].
Ces pourcentages varient bien sûr en fonction de la saison. La recharge des eaux souterraines par infiltration a lieu plutôt en automne et en hiver lorsque les précipitations sont plus importantes. Au contraire en été, les besoins de la végétation et les températures plus élevées accentuent l’évapotranspiration ; la quantité d’eau disponible pour le ruissellement et l’infiltration diminue. La sécheresse est donc l’écart entre une offre (l’eau de pluie) et une demande (les besoins de la végétation et les nôtres) qui devient problématique en été quand les besoins sont à leur maximum.
Quelques sécheresses en BretagnePlus l’absence de pluie dure longtemps, plus la sécheresse s’intensifie. Après le premier stade de la seule sécheresse atmosphérique vient celui où le sol s’assèche et la végétation subit un stress hydrique. Météo France calcule un indice qui révèle l’état du sol superficiel et qui s’exprime en pourcentage par rapport à un sol saturé d’eau. Cet indice sécheresse est utilisé pour suivre l’évolution en temps réel de l’épisode sec. Lorsque la pénurie d’eau s’accentue, les cours d’eau se tarissent et atteignent leur débit d’
étiage : c’est la sécheresse hydrologique, le stade ultime étant celui où même le niveau des nappes et des eaux souterraines baisse.
L’effet de la recharge hivernale, incontournable mais limité
Une des particularités géographiques de la Bretagne est qu’elle ne peut compter que sur ses propres ressources en eau puisqu’aucun grand fleuve, ni la Loire, ni la Seine ne brise l’isolement de son réseau hydrographique. Vincent Dubreuil, directeur du laboratoire Climat et occupation du sol par télédétection de l’Université Rennes 2, a constaté lors de son étude sur les sécheresses à l’ouest de la France que la recharge hivernale en eau souterraine est cruciale pour limiter les étés secs. D’ailleurs, les sécheresses de 1976 et 1989 ont été précédées par des hivers et des printemps faiblement arrosés. Pour autant, si dans la plupart des cas la recharge en hiver suffit à pallier un manque de pluie en été, l’épisode de 2003 a montré que ses effets sont vite limités en cas de conjonction de sécheresse et de canicule.
Contrairement à d’autres régions comme la Beauce, la Bretagne ne bénéficie pas d’une abondante ressource souterraine. Car le sous-sol breton est composé de roches massives très fracturées mais sans grandes cavités. Globalement, l’eau souterraine est assez bien répartie sur le territoire mais la disponibilité de cette eau reste faible. Ceci est d’autant plus vrai à l’est de la région qu’à l’ouest ; les sols argileux ou schisteux rencontrés en Ille-et-Vilaine et en Morbihan sèchent rapidement en été malgré la présence d’un grand fleuve comme la Vilaine alors que les arènes granitiques et les sables du Finistère, grâce à leur porosité naturelle, soutiennent les cours d’eau en période estivale en agissant comme des réservoirs.