La Sterne de Dougall est, parmi les oiseaux marins de nos côtes, l'espèce qui présente la distribution mondiale la plus cosmopolite. Les régions tropicales concentrent la majorité des effectifs, notamment les Caraïbes, l'Afrique de l'est (Kenya) et Madagascar. L'espèce se rencontre également sur d'autres îles de l'Océan Indien et dans le sud-est de l'Asie, en Australie, ou encore au Japon et en Chine. Elle se reproduit en zone tempérée dans l'Atlantique nord : Canaries, Madère, Açores, Bretagne, Grande-Bretagne et Irlande d'un côté, Canada et États-Unis de l'autre. La population mondiale compterait de l'ordre de 130 000 couples, dont 1 610 environ pour l'année 2000 sur les colonies du nord-est de l'Atlantique (localisées, par ordre décroissant d'importance, aux Açores, en Irlande, en Bretagne et en Grande-Bretagne). C'est en Europe, l'oiseau marin le plus rare et le plus menacé.
Les premiers renseignements que fournit la littérature ornithologique sur les sternes de Bretagne concernent la Sterne de Dougall. Entre 1868 et 1909, Louis Bureau, ornithologue nantais, prospecte l'ensemble du littoral breton et découvre des Sternes de Dougall sur treize îlots, de la Loire-Atlantique au Finistère. Malheureusement, les informations sur la taille des colonies sont trop vagues et ne permettent pas d'évaluer l'importance des effectifs. À partir de 1950, le développement considérable de l'ornithologie de terrain, et l'intérêt particulier porté aux oiseaux marins, permet d'obtenir des données plus précises sur l'ensemble du littoral breton. Les visites répétées sur les îlots de Bretagne permettent de retrouver la Sterne de Dougall dans tous les secteurs connus au début du siècle. Il devient alors possible de connaître l'état des populations. Jusqu'au début des années 1970, les effectifs sont de l'ordre de 500 à 600 couples, avec une estimation maximale de près de 800 couples en 1967. Puis l'espèce enregistre un déclin dramatique en Europe, d'abord en Grande-Bretagne et en Irlande, puis en Bretagne en 1974-1975. Des 580 couples dénombrés en 1969 sur le littoral breton, il ne reste qu'une centaine en 1976, et le minimum historique est atteint l'année suivante avec seulement une trentaine de couples, auxquels s'ajoutent une vingtaine temporairement installés en Vendée. L'archipel de Molène (Finistère), qui accueille la majorité des effectifs dans les années 1950, perd peu à peu de son importance au profit d'abord des îlots du Mor Braz (Dumet, Méaban) puis des îlots de la région des Abers (Finistère). À la fin des années 1960, ce dernier secteur concentre les deux tiers des effectifs.
Ces déplacements successifs sont attribuables à l'accroissement des populations de goélands et au développement de la navigation de plaisance, réduisant les possibilités d'installation des sternes.
Répartition de la Sterne de Dougall en BretagneAprès 15 ans d'absence, les Sternes de Dougall se réinstallent en 1983 sur l'île aux Dames en baie de Morlaix, et cette colonie concentre la quasi-totalité des reproducteurs bretons depuis une douzaine d'années. Après le fort déclin des années 1970, suivi d'une période de décroissance régulière, la situation démographique de l'espèce en Europe montre des signes d'amélioration depuis la fin des années 1980. La colonie de l'île aux Dames atteint son effectif maximum en 1996, avec 105-110 couples.
Si la situation apparaît relativement stable depuis 1999 avec environ 80 couples, une lente érosion des effectifs nicheurs semble néanmoins se produire. Ailleurs en Bretagne, la reproduction occasionnelle de quelques couples a été noté ces dernières années sur l'île aux Moines (ou île Notre-Dame, Rance, Ille-et-Vilaine), sur La Colombière (Côtes d'Armor), dans l'archipel de Bréhat (Côtes d'Armor) ou sur l'île aux Moutons (Finistère sud).