Un inventaire à compléter
Le premier inventaire des tourbières en Bretagne remonte à 1949. Entrepris par la Direction des mines et du Ministère de l'industrie et du commerce, il liste les localités possédant ou ayant possédé des gisements de tourbe. D'une valeur plutôt historique, il n'en reste pas moins le seul inventaire de tourbières jusqu'à la fin des années 1960, période à laquelle, pour la première fois, 164 tourbières acides étaient recensées selon une approche naturaliste [1].
A la suite des premières mises en évidence de la régression des tourbières, par le laboratoire d'écologie végétale de l'Université de Rennes 1, un "inventaire des tourbières de France" a été réalisé en 1981, par l'Institut européen d'écologie. Il a été complété par "l'inventaire des tourbières de Bretagne" (1985) qui synthétise les données accumulées, depuis les années 1970, par le laboratoire d'écologie végétale. Cet inventaire présente 176 tourbières (77 pour le Finistère, 38 pour le Morbihan, 41 pour les Côtes-d'Armor et 20 pour l'Ille-et-Vilaine), parmi lesquelles, 12 sont d'intérêt national et 69 d'intérêt régional, avec une concentration remarquable dans le Finistère et surtout les Monts d'Arrée.
Depuis, les connaissances sur les tourbières en Bretagne se sont sensiblement affinées mais restent inégales selon les départements. Avec une réactualisation datant de 1994-1995 et effectuée par la Forum Centre-Bretagne environnement (FCBE), le département du Finistère reste celui qui possède probablement l'inventaire le plus complet : environ 200 sites abritant des habitats et des espèces caractéristiques des tourbières seront recensés à la fin de l'année 2003. Cette réactualisation, demandée à la FCBE par le Conseil général du Finistère, sera prochainement disponible dans ce département.
Au dernier inventaire des sites naturels des Côtes-d'Armor (1997), une cinquantaine de sites tourbeux ont été repérés, mais à ce jour, il n'y a pas de recherche systématique de ce milieu à l'échelle départementale. Dans le Morbihan (47 sites tourbeux, en 1996) et en Ille-et-Vilaine (20 tourbières, en 1985), un travail de synthèse, d'uniformisation des données, de réactualisation et, très certainement, de prospection de nouveaux sites reste à mener pour avoir une meilleure idée de la situation actuelle.
Comprendre et sensibiliser
Pour essayer d'enrayer les causes de destruction des tourbières et protéger des sites naturels remarquables, Espaces naturels de France et ses Conservatoires régionaux ont mis en œuvre, de 1996 à 1999, le programme Life- Nature " Tourbières de France ".
Un programme national de recherche sur les zones humides (PNRZH) a été lancé, "Tourbières de France" et vise à appuyer, sur un plan scientifique et technique, le Plan d'action gouvernemental en faveur des zones humides. Les objectifs sont, de mieux comprendre le fonctionnement et le rôle des zones humides, mais aussi de concevoir et de valider les méthodes de sauvegarde, de gestion ou de restauration.
Restaurer et protéger
Le phénomène naturel d'assèchement des tourbières peut être contrarié par le pâturage extensif ou la fauche contrôlée qui favorisent l'effondrement de la tourbe et limitent l'évolution vers les hauts marais. Dans certains cas de forte dégradation, des opérations de restauration, d'entretien et de génie écologique (déboisement contrôlé, décapage localisé, etc.) peuvent s'avérer nécessaire.
Ainsi la tourbière d'intérêt européen du Venec (Finistère) a été classée en réserve naturelle en 1993. Les tourbières de Landemarais (Ille-et-Vilaine) et de Corn Ar Harz (monts d'Arrée) ont été acquises et sont gérées par les collectivités locales.