Les espèces méridionales sont bien représentées, la plupart arrêtant leur limite septentrionale aux frontières de notre région. Par exemple, le pouce-pied (Pollicipes pollicipes), ce crustacé fixé aux roches les plus violemment battues par l'océan, trouve sa limite nord absolue aux alentours de l'île d'Ouessant. A partir de la Loire-Atlantique, ces espèces pénètrent dans la péninsule d'une part par le bassin de la Vilaine, d'autre part par le littoral, la plupart étant totalement absentes à l'intérieur des terres. Théoriquement, ce cortège s'appauvrit donc du sud-est au nord-ouest. Ainsi sur une vingtaine d'oiseaux franchement méridionaux nichant en Loire-Atlantique, moins de la moitié atteint le nord du Finistère.
Azuré des mouillèresL'élément atlantique si présent dans la végétation armoricaine est beaucoup moins perceptible dans la faune. Les mollusques terrestres en sont de bons exemples avec notamment les
testacelles, limaces carnivores (les trois espèces européennes sont présentes en Bretagne), diverses autres limaces et plusieurs escargots. On peut aussi citer l'Escargot velu (
Ashfordia granulata), longtemps considéré comme endémique des îles britanniques. Exclusivité régionale, il n'a pour l'instant été trouvé en aucune autre région française mais est répandu en Bretagne et surtout dans le quart nord-ouest. De même, la Zonite des bois (
Zonitoides excavatus), escargot confiné aux terrains siliceux des rives de la mer du Nord, a été récemment trouvé dans le Finistère, les Côtes-d'Armor et le Morbihan.
Mais, c'est le cortège des animaux à affinités nordiques qui apporte à la Bretagne son plus fort contingent d'espèces à fort intérêt patrimonial. Elles ont une répartition exactement inverse de celle des espèces méridionales et peuvent être réparties en deux grandes catégories : l'une plutôt continentale et montagnarde, l'autre liée à la mer et à la côte.
Les espèces montagnardes habitent les landes et les tourbières de l'intérieur (par exemple des insectes telles que l'Azuré des mouillères et le Lézard vivipare, le plus nordique de nos reptiles) et les pelouses littorales, milieu proche de celui des alpages (végétation herbacée rase au voisinage de grandes falaises).
Phoque grisEnfin, les animaux liés à la mer et ses rivages contribuent sans doute le plus à l'originalité faunistique de la Bretagne au plan national. Outre les animaux marins, dont la distribution et l'état des populations sont souvent mal cernés, l'essentiel de cet ensemble est constitué par des oiseaux (canards, limicoles,
oiseaux de haute mer, etc.) et par les
mammifères marins.
Profondément ancrée au nord-ouest dans les faunes atlantiques et arctiques, régulièrement pénétrée au sud-est par les cortèges continentaux et méridionaux, d'Ouessant et des Sept-Iles à l'estuaire de la Loire, la Bretagne réalise le mariage entre le nord et le sud. Là réside en fait l'essentiel de son originalité.