Alors qu’il a débuté aux environs de 1920, ce n’est que dans les années 1950 que l’élevage du Vison d’Amérique, dédié au commerce de sa fourrure, a réellement pris son essor. Cette activité s’est particulièrement développée en Bretagne grâce à la proximité de sous-produits de pêche et d’abattoirs, fournissant les aliments nécessaires à ce petit carnivore. La région produit aujourd’hui plus de la moitié du cheptel national ; les quatre plus gros élevages détiennent de 10 000 à 50 000 femelles reproductrices et assurent les deux tiers de la production nationale.
Libérés volontairement ou - le plus souvent - échappés de visonnières, des animaux se sont implantés dans les milieux aquatiques bretons. Après la période des « grandes évasions » dans les années 1960, la région a connu un épisode marquant : la tempête de 1987, au cours de laquelle 40 000 Visons d’Amérique se sont échappés d’un élevage du Morbihan. La conquête de la Bretagne est quasi-totale comme l’a révélé une enquête de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage menée en 1999. Et dépassant les frontières régionales, l’espèce s’étend désormais en Normandie et en Loire-Atlantique.
L’espèce est aujourd’hui tout à fait acclimatée en Bretagne. Pourquoi ? Parce qu’elle fait preuve de très bonnes capacités d’adaptation et parce qu’aucune autre espèce ne semble pouvoir limiter son extension : la Loutre d’Europe est un prédateur potentiel, mais de façon occasionnelle et anecdotique, cette prédation s’exerçant uniquement sur des jeunes. Par ailleurs, c’est le Vison d’Europe qui occupe la niche écologique la plus proche et pourrait entrer en compétition avec le Vison d’Amérique. Or l’espèce est en très forte régression en France et a probablement disparu de Bretagne. Ironie du sort, ce serait en partie en raison de l’arrivée de son cousin américain.