Ce site traite des espèces introduites volontairement ou non par l'Homme depuis l'an 1600 apr. J.C., envahissantes et provoquant des nuisances ou étant susceptibles d’en provoquer. Nous les nommons espèces invasives.
Pour éclaircir le propos, nous pouvons énoncer qu'il existe des espèces qui réalisent une invasion, c'est à dire qui augmentent leur aire de distribution.
Définissons de prime abord un espace de référence.
Les invasions biologiques traitées dans ce site, et corrélativement les espèces traitées, concernent la Bretagne administrative, aussi bien sa partie continentale que ces espaces insulaires.
Puis une période de référence.
Nous faisons débuter notre histoire en l'an 1600 apr. JC. En effet, cette date marque le début des grandes migrations européennes à travers le monde et dès lors le nombre d'introductions d'espèces a commencé à croître de manière exponentielle.
De multiples introductions eurent lieu au cours de l'Histoire avant l'an 1600. C'est le cas de la Carpe commune et du Faisan de Colchide introduits au cours de la période romaine. Ou encore du Lapin de garenne introduit au moyen âge depuis la péninsule ibérique jusqu'au nord de la Loire et qui cause parfois des nuisances importantes. C’est également le cas du Rat noir, de la Souris grise, du Moineau domestique…
Nous ne traiterons pas ces espèces "ante 1600" sauf si des mouvements récents ("post 1600") les ont conduit à conquérir de nouveaux milieux comme les îles bretonnes. Par exemple, le Putois ou le Hérisson sont présents depuis des millénaires sur le continent. Ils ne sont pas considérés comme des introduits. Ils sont autochtones de la faune de France. Cependant, leur introduction qui a été volontaire et très récente sur des îles bretonnes nous impose d'en parler dans ce site, d'autant que l'impact de ces introductions sur les écosystèmes peut s'avérer déstabilisant.
Enfin, un phénomène : l'invasion biologique.
Il existe plusieurs types d'invasions biologiques.
Les invasions biologiques spontanées :
elles sont le fait d'espèces animales ou végétales qui ont agrandi naturellement leur aire de répartition. Par exemple, la Tourterelle turque a colonisé l'Europe de l'Ouest au cours du XXème siècle, peut être suite aux importantes évolutions des paysages européens.
Les invasions biologiques liées à l'introduction volontaire d'espèces par l'Homme :
La chasse, l’élevage, l’agriculture, la sylviculture et l’horticulture constituent des activités à l’origine d’introductions volontaires de nouvelles espèces en France et en Bretagne. Par exemple, nombre d'espèces de poissons d'eau douce ont été introduites volontairement dans nos rivières à des fins piscicoles.
Les invasions biologiques liées à l'introduction fortuite d'espèces par l'Homme :
Le vecteur essentiel de ces introductions accidentelles sont les déplacements de l'Homme.
En ont profité des espèces dites commensales dont le comportement les pousse à vivre à proximité des peuplements humains : par exemple le Rat surmulot. Ainsi de nombreux micromammifères sont des traceurs remarquables des migrations historiques.
D'autres espèces ont été embarquées par mégarde dans les cargaisons des avions, les ballasts des navires de commerce... La Crépidule est un exemple d'espèce introduite par accident dans les eaux françaises.
Des plantes aquatiques comme la Jussie et l'Elodée dense sont arrivées accidentellement dans nos cours d'eau via les activités d'aquariophillie.
Arriver et s'installer
La plupart des espèces introduites par l’Homme ne parviennent pas à s’installer durablement. En effet, les spécimens introduits meurent très vite ou bien ne se reproduisent pas. Cependant, dans un petit nombre de cas, certains y trouvent de nouveaux habitats favorables à leur reproduction.
Pour les plantes, il se peut que quelques spécimens s'implantent durablement mais sans s'étendre. Jusqu'à ce qu'une adaptation ou un croisement inter spécifique ne déclenche des capacités à l'expansion.
Installation menaçante ?
Cette expansion peut s'accompagner d'impacts plus ou moins sévères sur les écosystèmes : prédation, compétition pour la nourriture, ou pour l'espace, introduction de parasites... la flore et faune indigènes peuvent en souffrir terriblement.
Invasions sans frontières.
Avec ces deux régions limitrophes, Pays-de-la-Loire et Basse-Normandie, la Bretagne constitue une entité géographique qui présente une homogénéité dans la distribution des espèces et la composition des écosystèmes. Les espèces animales et végétales respectent plus volontiers les frontières écologiques qu'administratives. C'est pourquoi des espèces introduites en Pays-de-la-Loire ou en Basse-Normandie, et actuellement absentes de Bretagne, pourraient s’y établir prochainement et vice-versa. Il existe donc un risque d’invasion biologique par proximité géographique.
Dans ce site, actuellement nous ne traitons pas de ces espèces aux frontières susceptibles d'étendre leur territoire en Bretagne. Il y a là pourtant un enjeu de conservation pour la faune et flore bretonne que nous aborderons ultérieurement.
Rédigé par Fabrice Pelloté (Inra) en collaboration avec Philippe Clergeau, Michel Pascal, Olivier Lorvelec (Inra), Jacques Haury (Agrocampus), Sylvie Magnanon (CBNB) et François Siorat (GIP Bretagne environnement).