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Page 1 sur 5 Importé d’Amérique du Sud à la fin du XIX ème siècle pour sa fourrure, le Ragondin, Myocastor coypu (Molina, 1782) a su coloniser en quelques décennies l’ensemble de l’Europe à la suite de nombreux lâchers dans la nature. Présent sur l’ensemble des zones humides bretonnes, le ragondin cause de nombreux problèmes aux gestionnaires des cours d’eau sans compter les risques sanitaires que sa présence peut occasionner pour les activités humaines. Pourtant, s’il n’est pas possible d’éliminer cette espèce du territoire, les moyens de contrôle existent et il semble même envisageable de tirer partie de la présence de cette population invasive.
A. Description, origine et répartition
Le Ragondin est le plus grand représentant de l’ordre des rongeurs. Ce mammifère aquatique de couleur brune pèse en moyenne 6 kg et mesure une soixantaine de centimètres auquel s’ajoute la queue, cylindrique et écailleuse, d’une longueur de 25 à 45 cm. Il est reconnaissable à ces quatre grandes incisives de couleur orange à rougeâtre et à son menton et ses vibrisses de couleur blanchâtre. Particulièrement bien adapté à la vie aquatique, le Ragondin nage en alternant des mouvements rapides des pattes antérieures avec des mouvements plus lents mais plus puissants de ses pattes postérieures. Ses lèvres obturales sont situées en arrière de ses incisives et ses yeux et ses oreilles sont visibles au dessus de sa tête lorsque celui-ci nage.
Ragondin DatsoPic 1.2 © 2007 by Andrey Datso Le Ragondin est actif surtout au crépuscule et la nuit mais il est parfaitement visible le jour. Il atteint une longévité maximale de quatre ans dans les milieux naturels. En captivité, il peut vivre jusqu’à six ans. Le Ragondin est équipé d’une fourrure épaisse composée de poils de jarre longs et raides et de poils de bourre courts et denses. Ce type de pelage reste sec et permet une bonne isolation de son corps. Des mues successives permettent au Ragondin de s’adapter aux conditions climatiques. Cependant, originaire d’Amérique du Sud, il supporte mal le froid des hivers rigoureux. Aussi, la mortalité des populations de Ragondin est relativement élevée au Nord. Ce sont surtout les petits qui sont touchés par les basses températures.
Habitat Le Ragondin est un mammifère aquatique qui affectionne particulièrement les marais, les lagunes, les bords de ruisseau dont le courant est faible. Il colonise également les fossés et les canaux des milieux dans lesquels il a été introduit. Il préfère généralement les eaux stagnantes envahies par la végétation dont il se nourrit. Il se réfugie dans un terrier à plusieurs entrées dans les berges des milieux qu’il colonise et au moins l’une de ces entrées est sub-aquatique. Les galeries creusées par le Ragondin peuvent atteindre une longueur de 7 m et fragilisent souvent les abords des cours d’eau et des étangs.
Dans certains marais, il est possible de trouver une vingtaine de Ragondins par hectare. Le Ragondin a un comportement grégaire et polygame. Aussi, les individus vivent en clans dont les domaines se recouvrent partiellement. Les domaines des mâles dominants sont proches de ceux des femelles alors que les mâles dominés vivent en périphérie. Lorsque la densité de la population augmente, les Ragondins peuvent parcourir jusqu’à 50 km pour trouver un nouveau territoire favorable.
Régime alimentaire Le Ragondin est un herbivore opportuniste qui consomme un tiers de sa masse corporelle chaque jour. Il adapte son régime alimentaire à la saison : en hiver il consomme des rhizomes et des tubercules, à la belle saison, il apprécie les pousses de carex, de roseaux, de potamots…, et mange les fruits et les récoltes à la fin de l’été. Il peut se déplacer loin de son habitat pour s’alimenter avec du maïs, du blé et autres poacées et céréales issues des cultures avoisinantes. La majeure partie de son régime alimentaire est constituée de plantes monocotylédones. Le Ragondin est également très adroit lorsqu’il s’agit d’attraper sa nourriture en nageant (graines flottantes…). Le Ragondin pratique la caecotrophie, c'est-à-dire qu’il ingère à nouveau ses excréments. Cette méthode de digestion lui permet ainsi d’assimiler plus facilement les nutriments et d’en éviter les pertes.
Reproduction
Ragondin DatsoPic 1.2 © 2007 by Andrey DatsoLe Ragondin est une espèce très prolifique. La femelle peut engendrer plusieurs portées par an (1,2) et ce, peu de temps après avoir mis bas. La gestation dure 130 jours et il naît à chaque portée cinq à six petits dont le poids à la naissance avoisine 150 g. Ceux-ci sont sevrés dès l’age de six à dix semaines mais nagent déjà depuis longtemps. Néanmoins, la puberté n’est atteinte que vers l’âge de trois mois. Les jeunes pèsent alors environ 2 kg. La femelle allaite ses petits grâce à ses mamelles disposées latéralement sur son corps. Elle peut alors nager flanquée de ses petits accrochés à ses tétines. Cependant aucune preuve n’a été faite de l’allaitement pendant la nage. Les jeunes arrivent à maturité à l’âge six de mois.
Origine et introduction L’aire de répartition naturelle du Ragondin s’étend sur l’Amérique du sud, de la Terre de Feu à la Bolivie et au sud du Brésil. Il y aurait eu deux vagues d’introduction du Ragondin en France (3). La première s’effectua à partir de 1882 en Indre et Loire jusqu’au début de la première guerre mondiale en 1914. Cette première population introduite disparut pendant le conflit et une deuxième série d’introductions débuta dès 1925 et dura trois ans, jusqu’à la crise de 1929. L’ensemble des individus présents en France actuellement serait issu de cette deuxième population introduite. C’est l’industrie de la fourrure, florissante au début du XX ième siècle, qui a motivé l’introduction du Ragondin en France. Seulement, l’arrêt brutal des élevages au moment de la crise de 1929 a provoqué la libération de nombreux individus dans la nature. L’espèce s’est ainsi propagée du sud-ouest vers le nord et l’est de la France. Dans une moindre mesure, le Ragondin a également été introduit dans certain marais afin de limiter la végétation (faucardage) (1,2). Le mode et la période de propagation de ce rongeur en Bretagne ne sont pas vraiment connus, toujours est-il qu’en 1995, le Ragondin avait colonisé l’ensemble du territoire français à l’exception des zones montagneuses et urbanisées. Les populations de Ragondins supportent mal le froid qui tue une grande partie des individus (4). Seulement, la raréfaction des hivers rigoureux après le milieu des années 1980 a permis à ceux-ci de survivre plus facilement, provoquant ainsi une explosion démographique dans les milieux aquatiques. |