Présentation :
Depuis l'introduction de la myxomatose en 1952, les populations de lapin de garenne ne sont
jamais remontées au niveau qu'elles avaient atteint auparavant. Leur niveau actuel, variable selon
les situations, est, de fait, loin de satisfaire l'ensemble du monde de la chasse, qui voit dans le
développement hypothétique des populations de lapin un espoir d'amélioration du fond de la
chasse en France.
La myxomatose et la VHD (virai hemorrhagic disease), sont fortement mises en cause par la
majorité des chasseurs. Or cette position monolithique ne tient pas face à une analyse objective
de la situation. En effet, on constate que certaines populations se développent et prospèrent
malgré la présence de ces maladies. On les rencontre dans des espaces protégés comme des
réserves, dans des camps militaires, des aérodromes, dans des zones industrielles, autour des
ouvrages d'art d'aménagements routiers ou ferroviaires, ou encore dans des zones périurbaines.
L'analyse de la situation australienne relativise elle aussi le rôle des maladies virales.
Si l'impact initial a été fort (on estime à 99 % la mortalité induite par la myxomatose lors de son
introduction en 1950), dans la majeure partie du pays les populations se sont totalement
reconstituées malgré l'utilisation du virus comme agent de contrôle biologique, donc malgré des
introductions répétées du virus sous sa forme la plus virulente. Il est intéressant de noter que
cette reconstitution naturelle des populations a été moindre dans les zones d'agriculture
intensive du sud de l'Australie où les populations fluctueraient à 1-10 % de leur niveau d'avant
1950.
Ces différentes observations nous conduisent à penser qu'un autre facteur intervient dans le
statut actuel des populations en France. L'introduction de la myxomatose en 1952 correspond au
début de la mutation de l'agriculture qui a conduit à une forte évolution du paysage rural à
l'origine d'une réduction notable des habitats favorables au lapin. Depuis cette époque, on est
passé d'une situation où le lapin était abondant partout, avec toutefois quelques trous là où le
milieu n'était pas favorable à l'espèce (montagnes, grands massifs forestiers de l'Est), à un
réseau de populations plus ou moins connectées entre elles. Nous faisons l'hypothèse que la
fragmentation des habitats a induit une fragmentation des populations qui constitue un facteur
aggravant l'impact des maladies. Il semble en effet que les fortes populations soient moins
sensibles à la myxomatose et à la VHD, un équilibre entre l'hôte et ses virus, basé sur la
persistance de ces derniers, s'instaurant alors.