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La matière organique dans les eaux continentales bretonnes Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

 

SOMMAIRE

 

 

Réglementation

Le paramètre matières organiques a été très tôt répertorié par les autorités sanitaires comme un élément important pour juger de la qualité des eaux tant naturelles que distribuées. Ainsi, une instruction du 12 juillet 1924 relative aux eaux d’alimentation demande que ce composant soit dosé. De nombreux résultats d’analyses ont donc été engrangés très tôt mais ce n’est qu’à partir de 1995 que leur disponibilité sur support informatique est apparue grâce à la base de données SISE-Eaux dans laquelle sont stockées toutes les informations nécessaires au contrôle sanitaire (données structurelles et analytiques).

 

Le socle réglementaire actuel


Au niveau européen, la directive 98/83/CE du Conseil du 3 novembre 1998 relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine impose le suivi des matières organiques dans les eaux distribuées par les paramètres oxydabilité au permanganate à chaud en milieu acide ou carbone organique total (COT) avec des indicateurs respectivement de 5 mg O2/l et aucun changement anormal en COT. De plus, la directive impose une limite pour le paramètre Trihalométhanes (THM: chloroforme, bromoforme, dibromochlorométhane et bromodichlorométhane) qui sont des sous-produits de la désinfection des eaux résultants d’une combinaison entre le chlore et les matières organiques. La valeur retenue est de 100 µg/l pour le total des substances susnommées. Des délais et une valeur intermédiaire sont autorisés pour l’atteinte de cette limite: 150 µg/l jusqu’au 24 décembre 2008; 100 µg/l à compter du 25 décembre 2008.

Il est à noter que la directive 75/440/CEE du Conseil du 16 juin 1975 concernant la qualité requise des eaux superficielles destinées à la production d’eau alimentaire ne mentionne aucune obligation sur le paramètre matières organiques. Par contre, la circulaire DCE N° 2005-12 du 28 juillet 2005 relative à la définition du "bon état écologique" et à la constitution des référentiels pour les eaux douces de surface en application de la directive européenne 2000/60/DCE du 23 octobre 2000 fixe des limites inférieures et supérieures pour les matières organiques, placées respectivement à 5 et 7 mg de carbone organique total (ou COT) par litre d'eau.


Au niveau français, le Code de la santé publique dans ses articles R 1321-1 à R 1321-66 décrit le contrôle sanitaire s’appliquant aux eaux destinées à l’alimentation humaine et fixe les limites de qualité à respecter pour les eaux distribuées et pour la ressource. L'arrêté du 11 janvier 2007 et ses annexes fixent une référence de qualité des eaux distribuées pour les paramètres oxydabilité au permanganate de potassium à chaud en milieu acide de 5 mg O2/L et carbone organique total (COT) de 2 mg/L et aucun changement anormal. Le choix est donné pour estimer la matière organique de suivre l’un ou l’autre de ces paramètres.


Les limites et dates d’application pour le paramètre THM sont celles décrites plus haut par la directive 98/83/CE.


Une limite spécifiquement française est introduite en ce qui concerne les matières organiques dans les eaux brutes destinées à la potabilisation. Jusqu'à la fin 2006, la limite était définie sur le paramètre oxydabilité au permanganate de potassium à chaud en milieu acide et fixée à 10 mg O2/L. Depuis la publication de l'arrêté du 11 janvier 2007, le paramètre réglementaire n'est plus l'oxydabilité au permanganate de potassium mais le carbone organique total ou COT. La limite réglementaire reste inchangée: 10 mg/L. Celle-ci doit être respectée pendant 95% du temps d'exploitation, au moins. En cas de non-conformité, une autorisation exceptionnelle d'exploitation de la ressource doit être sollicitée au titre de l’article R 1321-42 pour les eaux superficielles. Aucune autorisation de ce type n’est prévue pour les eaux souterraines.


Il est à noter qu'un plan de gestion de la ressource en eau superficielle n’est plus exigé en cas de dépassement de la limite de qualité des eaux brutes pour le paramètre COT. La circulaire NDGS/SD7A N° 2007-39 du 23 janvier 2007 relative à la mise en œuvre des arrêtés du 11 janvier 2007 concernant les eaux destinées à la consommation humaine indique que "cette évolution se justifie notamment au regard des difficultés rencontrées pour définir l’origine exacte des matières organiques dans les eaux brutes et donc les moyens de maîtrise environnementaux et compte tenu des techniques de traitement existantes pour l’élimination des matières organiques".


Cette même circulaire précise que "cette évolution ne doit pas conduire les responsables de la production ou de la distribution d’eau à éluder le problème relatif à la présence de fortes teneurs en COT dans les eaux, celles-ci pouvant induire lors de traitement la formation de sous-produits de désinfection des eaux. Ainsi, en cas de dépassement de la limite de qualité dans les eaux brutes, il convient d’inciter le responsable de la production ou de la distribution d’eau à étudier les facteurs concourant à la présence de matières organiques dans la ressource qu’il utilise. Le programme d’analyses du contrôle sanitaire peut également être renforcé par le préfet au titre des articles R. 1321-16 ou R. 1321-17. Enfin, la référence de qualité de 2 mg/l doit être respectée pour l’eau distribuée afin de limiter les désagréments d’ordre sanitaire (formation de sous-produits de désinfection en particulier)". Elle conclue en indiquant que "Les plans de gestion portant sur les matières organiques et existant à la date de publication de l’arrêté seront conservés".

 

Situation des eaux continentales bretonnes du point de vue de leur pollution par les matières organiques

 

  
Carte montrant la variabilité spatiale de la pollution à l'échelle de la Bretagne

 

 

  
Concentrations moyennes annuelles d'oxydabilité aux exutoires de bassins versants bretons

 

La Région Bretagne connaît depuis plusieurs années une dégradation de la qualité de ses eaux de surface, situation d'autant plus préoccupante que les eaux de surface fournissent 85 % du total des eaux domestiques utilisées dans cette région. Un des éléments de cette dégradation concerne les matières organiques. Entre 2002 et l'actuel, 59 prises d'eau sur 110 ont dépassé au moins une fois la limite réglementaire des 10 mg/L d'oxydabilité sur eau brute, avec des concentrations très élevées pouvant atteindre 40 à 60 mg/L pour certaines des prises d'eau concernées (Guindy, Léguer, Min Ran, Yar, Bois de la roche, Bizien, Blavet, Urne, Douron, Mireloup, Scorff). Par ailleurs, 29 bassins versants Bretagne Eau Pure sont actuellement concernés par des dépassements de la concentration réglementaire en MO de leurs eaux. De plus, sur les quelques prises d'eau pour lesquelles on dispose de séries de mesure sur le long terme on constate que la dégradation est récente (fin des années 1970) et semble toujours en cours (cas du Léguer, du Yar et du Haut-Couesnon).

 

Risques sanitaires engendrés par la présence de matière organique dans les eaux


Elles sont nombreuses et concernent aussi bien la ressource proprement dite, que le traitement, la distribution ou la consommation.


Ressource :
- diminution du volume utile des retenues du fait de l'accumulation de sédiments organiques (des diminutions pouvant aller jusqu’à 50 % ont été enregistrées);
- modification du transfert de micro-polluants: les matières organiques peuvent complexer d’autres molécules organiques comme les pesticides et empêcher ainsi leur dégradation. Elles peuvent également former des complexes solubles ou insolubles avec certains éléments métalliques toxiques;
- les matières organiques peuvent être associées à la présence d’espèces planctoniques dont certaines produisent des toxines (cas des cyanobactéries).


Traitement
rendu plus difficile et plus couteux du fait:
- plus grande consommation de matériels (membranes) et de réactifs (chlore);- production de boue;
- difficultés de gestion du fait des variations rapides de la teneur en matières organiques;
- compétition avec d'autres espèces (pesticides) sur les charbons actifs rendant le traitement de celles-ci plus difficile.
Distribution:
- les matières organiques résiduelles peuvent servir de substrat pour les bactéries, favorisant des développements bactériens dans les réseaux;
- formation de biofilms.

Consommation:
- à l'origine de mauvais goûts et d'odeur rebutants pour le consommateur;
- les matières organiques favorisent la formation de trihalométhanes (THM) et d'acides haloacétiques (AHA) à la toxicité reconnue.

 

Causes possibles


La Bretagne conjugue plusieurs caractéristiques pouvant expliquer les fortes teneurs en matières organiques enregistrées dans ses eaux de surface:
- un milieu physique peu perméable propice à la saturation en eau des horizons organiques des sols. Cette caractéristique, manifestée par l'abondance des zones humides à l'échelle régionale, favorise le transfert des composés humiques des sols vers les eaux de surface lors des forts débits d'hiver et/ou lors des épisodes de crue;
- une agriculture à l'origine d'excédents importants d'azote et de phosphore, propice à l'eutrophisation des eaux de surface;
- un gisement de déchets organiques très important, estimé à 4 700 000 T/an (en poids sec de matières organiques) pour ce qui concerne le pôle déjection animale.

D'autres facteurs sont susceptibles de s'ajouter à ces facteurs de premier ordre:
- le drainage des zones humides et l'arasement des haies et des talus, en déviant les circulations de l'eau vers les horizons superficiels des sols, et/ou en diminuant l'infiltration de l'eau dans le sol empêchant à celui-ci de jouer son rôle de filtre vis-à-vis des matières organiques, sont autant d'aménagements susceptibles d'accroître le transfert des matières organiques des sols vers les eaux de surface;
- le chaulage, en augmentant le pH des eaux du sol et, de ce fait en déplaçant une partie des matières organiques du compartiment solide vers la solution des sols est également une pratique susceptible de provoquer une augmentation de la charge en matières organiques des eaux de surface.

Une étude réalisée par le GEPMO vient d'ailleurs de démontrer le rôle des haies comme facteur limitant le transfert des matières organiques des sols vers les eaux (lire le résumé uniquement).

 

 

Rédigé par Gérard GRUAU (Centre national de la recherche scientifique - délégation Bretagne et Pays-de-la-Loire, Groupe d'étude sur la pollution des eaux par les matières organiques), Thierry PANAGET (Direction régionale des affaires sanitaires et sociales de Bretagne, Groupe d'étude sur la pollution des eaux par les matières organiques)

 

Dernière mise à jour : ( 06-11-2007 )