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Dernière modification le 01 février 2003


les impacts

Les sols bretons, plutôt une source de carbone pour l’atmosphère

Rédigé par :

Mathieu Lepoivre Agrocampus Ouest (Agrocampus Ouest)




Champ de blés Champ de blés

En influant sur la teneur en matière organique, le travail du sol et la nature des cultures jouent sur le piégeage ou la libération de carbone dans l’atmosphère. En Bretagne, les tendances actuelles, qu’il s’agisse de la nature des amendements, du développement des cultures fourragères au détriment du pâturage ou de l’approfondissement du labour, contribuent plutôt à diminuer les stocks de carbone dans le sol et donc à l’augmenter dans l’atmosphère.


Les sols peuvent être à la fois des sources et des pièges de carbone. Tout dépend des pratiques culturales mises en œuvre car elles conditionnent la dynamique de la matière organique. Le travail du sol, la nature des cultures ou encore le devenir des résidus de récolte influent directement sur la minéralisation, les stocks et la distribution de la matière carbonée en fonction de la profondeur.

Certaines façons de cultiver en Bretagne diminuent directement les teneurs en matière organique et ont un effet source. C'est le cas lorsqu’il y a peu d'amendement organique (fumiers, composts ou engrais verts) et moins de résidus de culture. C'est aussi le cas, contrairement à ce que l'on peut penser, d’apports de lisiers même en grande quantité. Car en raison de leur minéralisation rapide, ils ne permettent pas d’accroître la teneur en matière organique des sols.

Le développement depuis le début des années 1980 des cultures annuelles de fourrages telles que le maïs contribue aussi à réduire le stock de carbone dans les sols. A chaque récolte, les produits de culture sont prélevés des parcelles et les sols restent nus. Or ces cultures se sont énormément développées en Bretagne au détriment des prairies, jusque là consacrées au pâturage.

De même, le labour profond dilue la matière organique dans les sols qui s’accumule naturellement en surface. Depuis l'avènement des tracteurs, les labours traditionnellement profonds de 18 à 20 cm sont progressivement descendus jusqu'à 25 voire 30 cm. Or 10 cm d’écart entre un labour traditionnel (20 cm) et un labour actuel (30 cm) provoque une chute de 20 % de la teneur moyenne en matière organique. Ce processus de dilution est renforcé par le fait que le labour profond favorise la minéralisation dans le sol, ce qui appauvrit le sol en matière organique. Un tel processus n'est guère réversible donc un labour profond, même occasionnel, génère un abaissement durable de la matière organique fragilisant physiquement le sol.

A la lumière de l’évolution des pratiques culturales, on comprend mieux que les teneurs en matière organique ont tendance à diminuer en Bretagne depuis quelques décennies (lien article chiffres clefs). On comprend mieux aussi les teneurs peu ordinaires observées dans certains sols bretons. Aux alentours de Vannes par exemple, les sols contiennent entre 6 et 7 %, voire 8 %, de matière organique. C’est considérable lorsqu'on sait que la valeur moyenne en Bretagne est souvent plutôt proche des 3 %. Ces sols ont été mis en culture plus tardivement que dans la partie est de la Bretagne. Le processus d'appauvrissement en matière organique est plus récent et donc moins prononcé. S'y ajoutent également des différences climatiques et géologiques.

Aujourd'hui, les sols bretons se comportent donc plutôt comme une source de carbone puisque les évolutions récentes révèlent une baisse de la matière organique. Pour autant, avec des pratiques culturales adaptées, il est possible d’inverser la tendance.

Le cycle du carbone

Cycle du carbone
Cycle du carbone

Les sols sont de gigantesques réservoirs de carbone. On estime qu'ils contiennent deux fois et demie plus de carbone, retenu dans la matière organique, que toute la végétation de la planète. Lorsque ce stock augmente, le sol devient un piège à carbone en absorbant le CO2 atmosphérique, grâce à l'activité photosynthétique des végétaux. Le sol récupère en effet une bonne partie de la matière organique synthétisée par les végétaux, une fois ceux-ci morts. Cette matière organique s'accumule dans les premiers centimètres du sol où elle se transforme en humus sous l'action des microorganismes du sol.

A l'inverse, si ce stock diminue, le sol devient une source de carbone et libère du CO2 dans l'atmosphère. Ce CO2 provient essentiellement de la minéralisation de l'humus sous l'action des micro-organismes. C’est ce qu’on appelle la biodégradation.


Sources :

  • Sol : interface fragile
  • Un point sur l'évolution des réserves organiques des sols en France
  • Le sol et l'environnement