logo du portail

http://www.bretagne-environnement.org/mots-cles/Sols/Pratiques-culturales/Les-pratiques-culturales-bretonnes-de-1960-a-nos-jours

 

Dernière modification le 01 février 2003


état des lieux

Les pratiques culturales bretonnes de 1960 à nos jours

Rédigé par :

Gervais Tobossou Agrocampus Ouest (Agrocampus Ouest)




Le choix des productions animales, les mutations techniques et économiques amorcées par l’agriculture bretonne pendant les années 1960 se lisent aujourd’hui dans l’évolution des paysages ruraux, la dégradation de la qualité de l’eau et des sols. Des tendances qui n’évolueront que si les pratiques culturales changent.


C'est au début des années 1960 que les agriculteurs bretons se sont résolument tournés vers l'élevage. La production bovine s'est accrue rapidement avec l'intensification fourragère. Les élevages de volailles sont apparus et ceux de porcs hors-sol se sont développés. Aujourd'hui, la Bretagne occupe la première place des régions agricoles françaises pour les productions animales.

La structure paysagère rurale a également beaucoup changé à partir des années 1960. La taille moyenne des exploitations agricoles de la région a triplé en 40 ans. Parallèlement, le bocage breton, structure traditionnelle de l'espace agricole, a fortement régressé. Les deux tiers des haies ont été supprimés. Et aujourd’hui encore, même s’il existe une dynamique pour reconstituer le bocage en Bretagne, l'avenir des haies subsistantes est compromis du fait d'une régénération insuffisante.

Avec les changements de pratiques culturales, de nombreux aménagements qui avaient une fonction hydraulique, tels les fossés ou les mares, ont été supprimés. De même, les ruptures de pente et les talus ont disparu. Ils freinaient l'écoulement des eaux et favorisaient les dépôts de sédiments. Alors que de plus en plus de surfaces labourées s’exposent au ruissellement de l’eau, les surfaces de pâturages et de prairies essentielles pour l’infiltration de l’eau diminuent. Toutes ces modifications interviennent dans la circulation de l’eau de pluie avant qu’elle n’atteigne les cours d’eau ou les nappes souterraines.

Après la Seconde Guerre Mondiale, les méthodes culturales se sont modernisées : la traction mécanique et l'utilisation d'engrais chimiques ou de ferme se sont développées. Entre 1955 et 1996, la quantité d'azote apportée au sol par les déjections animales a plus que doublé (230 000 tonnes, en 1996) et représente en moyenne 130 kg/ha avec de très fortes disparités 1.

Aujourd’hui, dans plusieurs cantons bretons, les sols contiennent trop d’azote par rapport à ce que les plantes peuvent prélever pour croître : ils sont en excédent structurel d’azote. Par ailleurs, les teneurs des sols en phosphore tendent aussi à augmenter fortement sur les parcelles fertilisées par des lisiers. Là aussi, cette augmentation est liée à des apports dépassant les besoins des plantes. De même, les teneurs des sols en cuivre et en zinc, deux éléments présents à l'état de trace dans les lisiers, ont été multipliées par 2 en 20 ans sur ces mêmes parcelles 1.

Vers un changement des pratiques culturales en Bretagne ?

Aujourd'hui, il existe une prise de conscience des menaces qui pèsent sur le sol et, indirectement sur l'eau. Des pratiques, que l’on pensait, établies changent que ce soit en application de la réglementation ou sur une base volontaire.

Parmi les nouvelles méthodes de plus en plus utilisées, on trouve la fertilisation raisonnée. Elle repose sur une meilleure prise en compte de la valeur fertilisante des déjections animales. Les apports en fertilisants sur les sols bretons sont, désormais, réglementés en fonction d'une quantité maximum d'azote organique épandable. Autre changement : le travail du sol simplifié remplace peu à peu les labours. Lorsqu’ils sont trop profonds, les labours font chuter la teneur en matière organique. La place considérable données au maïs dans la production fourragère est peu à peu remise en cause. Les agriculteurs utilisent moins de produits phytosanitaires dans la conduite de cette culture et des systèmes prairiaux la remplacent, de plus en plus, comme base d'alimentation des élevages. Quant aux haies, leurs rôles pour le maintien de la biodiversité et la régulation de la circulation de l’eau sont désormais reconnus ; et elles sont parties prenantes d'un aménagement du territoire raisonné.


Sources :

  • (1) Référence agronomique, Lenfant, 1989
  • 40 ans de révolution agricole et agroalimentaire en Bretagne (1950/1990)- C. CANEVET (1991)