les milieux forestiers d'intérêt patrimonialDe vieux chênes tortueux incrustés de lichens, des fougères empanachées, et au milieu une rivière bondissant sur de gros blocs moussus, l’ensemble baignant dans un air saturé d’humidité… Qui ne connaît pas cette image souvent utilisée pour illustrer la forêt bretonne ? Il est vrai que chênes et hêtres constituent l'essentiel de la forêt spontanée dans la région. Et l’une de ses originalités écologiques tient à l’existence de zones où l’air est très humide, ce qui favorise la présence de mousses et lichens. Mais il ne s’agit là que de l’un des nombreux visages de la forêt en Bretagne ; elle se décline, en réalité, en
peuplements forestiers variés reflétant des milieux très différents. On en distingue huit grands types, appelés
stations forestières, qui expriment toutes les nuances géographiques de la péninsule : la diversité du climat, de la fertilité des sols et de la nature des roches sous-jacentes.
Soumise depuis longtemps au défrichement, la Bretagne est aujourd’hui surtout agricole, et les espaces boisés y sont très fragmentés. Ils le sont même plus qu’ailleurs en France puisqu’il existe très peu de massifs de plus de 10 000 ha dans la région, hormis celui de Paimpont-Coetquidan, et ceux de au moins 1 000 ha représentent seulement 20,1 % des surfaces boisées contre 83,3 % au niveau national. Ces ensembles dépassant 1 000 ha ont en Bretagne la particularité d’offrir une grande diversité de peuplements, ce qui est plutôt favorable à la biodiversité. Plusieurs forêts ont de ce fait un intérêt patrimonial fort. A ce titre, elles appartiennent au réseau écologique européen Natura 2000. Il s’agit des massifs de Paimpont, Quénécan, Huelgoat, Lanouée, Beffou, Pont-Callec, Cranou, etc. Ceux-ci accueillent des habitats remarquables (hêtraie-chênaie acidiphile à Houx et If, tourbière boisée, hêtraie neutrophile, forêt alluviale à Aulne et Frêne, etc.).
Une collection d’essences forestières qui s’est étoffée au cours du temps
découvrez les principaux feuillus et résineux en bretagneVéritable terre d’asile pour les arbres, la région a régulièrement accueilli de nouvelles essences forestières au cours du temps. Elles sont venues grossir une collection forte, aujourd’hui, de
70 espèces de feuillus et résineux. Certains de ces arbres sont installés depuis fort longtemps. Ainsi, le Tilleul à petites feuilles est un survivant de la dernière période glaciaire. De même, les Celtes bretons étaient déjà coutumiers des genévriers. Aujourd’hui plutôt méridionaux, ils ne subsistent que dans de rares endroits bien exposés et sur des affleurements rocheux. D'autres essences, comme le
Chêne rouge d’Amérique, le
Douglas ou le
Cyprès de Lawson, n'ont été introduites qu'au XIX
e siècle dans les parcs ornementaux de la région. Depuis lors, bien acclimatées, elles ont fait l’objet de programmes de plantations forestières.
Mais la forêt n’est pas que le royaume des arbres ; elle abrite aussi de nombreuses espèces dont le cycle biologique dépend fortement des espaces boisés. On y dénombre près de 300 espèces de végétaux et au moins 140 d’animaux. C'est le cas de nombreux oiseaux (pics, rapaces, etc.) ou encore de mammifères petits et grands (Chauves souris, Cerf élaphe, Chevreuil, Sanglier). Encore que ce décompte n’intègre pas les champignons et les invertébrés souvent mal connus et qui pourtant, à eux seuls, constituent le plus grand nombre d’espèces rencontrées en forêt.
Escargot de QuimperCertaines des espèces forestières sont particulièrement rares ou menacées. Ainsi, les petites fougères hyménophylles poussant sur les blocs rocheux en atmosphère humide saturée sont très exposées au risque de dessèchement lié à la suppression du couvert forestier. Quasiment une exclusivité régionale, le Carabe à reflets d'or est un insecte des forêts humides de Bretagne (on le rencontre aussi dans les Pyrénées Atlantiques). De même, l'
Escargot de Quimper est essentiellement cantonné aux sous-bois de Bretagne occidentale. Au contraire, d’autres espèces, comme le Cerf ou le Chevreuil, fragilisent l’équilibre
sylvo-cynégétique, lorsqu’elles sont présentes en trop grand nombre.
Outre la biodiversité qu’ils abritent, les bois et forêts protègent les sols dont ils limitent l’érosion par ruissellement, en particulier lorsqu’ils forment un maillage bocager. Filtres naturels, ils contribuent efficacement à la protection des périmètres de captage d’eau et interviennent pour limiter les crues.