Deux menaces : pesticides et fragmentation de l'habitat
En Bretagne, comme ailleurs, les pesticides sont une des causes de disparition des invertébrés. Il s'agit aussi bien d'insecticides utilisés pour lutter contre des espèces dites « indésirables » que d'herbicides qui contaminent indirectement les invertébrés phytophages ou leurs prédateurs. Ces produits sont désormais utilisés massivement en milieu rural comme en ville, dans des espaces collectifs (parcs, infrastructures de transport) et individuels (jardins). Pulvérisés en milieu aérien, ils se déposent sur le sol et sont emportés par les eaux de pluie vers les cours d'eau. Souvent peu sélectifs, ils détruisent aussi bien des invertébrés volants et terrestres, qu'aquatiques.
A cette menace chimique s'ajoute celle de la destruction ou de la modification des habitats. Les invertébrés sont sensibles à la fragmentation des milieux, à l'appauvrissement de la biodiversité (montée de la monoculture, notamment en maïs), et à la pollution chronique. L'Argyronète, par exemple, est une araignée aquatique qui colonise exclusivement les mares ou les étangs non pollués.
Grande Nébrie des sablesA la petite taille des invertébrés s'ajoutent les exigences spécifiques d'espèces qui ne se développent que dans certains micro-habitats. Ainsi le
Pique-prune ne vit que dans de vieux arbres creux, la
Grande Nébrie préfère, quant à elle, les laisses de mer (varech et algues déposées lors des fortes marées). Or les habitats ou micro-habitats sont de plus en plus menacés, en particulier dans les zones humides et les zones littorales, très riches en biodiversité. Le ramassage du bois mort en forêt limite l'implantation d'espèces
saproxylophages. Par un nettoyage abusif des plages, on ne supprime pas seulement les laisses de mer et les bois échoués, mais aussi la faune associée composée surtout de
détritiphages qui fragmentent la matière organique. Cette dernière sert de nourriture aux mollusques et aux vers de bas de plage et permet d'implantation des premiers végétaux en haut de plage
Espèces déterminantes pour la Bretagne
Le Gretia a évalué la valeur patrimoniale régionale des invertébrés en considérant les espèces rares, protégées ou menacées, les espèces endémiques ou dont la limite de répartition se situe en Bretagne, et les espèces fréquentant des milieux de fort intérêt patrimonial eux-mêmes rares ou menacés. Il s'agit, par exemple, des tourbières, des vasières), des landes et des dunes. Sur les 1 183 espèces d'invertébrés étudiées, 351 apparaissent comme déterminantes en Bretagne.
Tableau 2 : Premier inventaire des espèces déterminantes bretonnes (Extrait des Invertébrés continentaux de Bretagne)
| Nom du taxon |
Nombre d'espèces |
Espèces déterminantes régionales |
| national |
régional |
Nombre |
% |
| Annélides Lumbricidés |
175 |
33 |
10 |
30,3 |
| Arachnides Aranéides |
2 113 |
495 |
147 |
29,7 |
| Odonates |
87 |
58 |
23 |
39,6 |
| Orthoptères |
215 |
61 |
31 |
50,8 |
| Hémiptères Miridés |
516 |
174 |
36 |
20,7 |
| Diptères Syrphidés |
500 |
163 |
62 |
38,0 |
| Lépidoptères Rhopalocères |
237 |
106 |
27 |
25,5 |
| Lépidoptères Zygaenidés |
28 |
3 |
1 |
33,3 |
| Coléoptères Laparostici |
181 |
76 |
7 |
9,2 |
Coléoptères Carabidés Carabinés |
90 |
14 |
7 |
50,0 |
| TOTAL |
4 142 |
1 183 |
351 |
29,7 |
Pique-prune ou BarbotParmi celles-ci,
45 espèces d'invertébrés terrestres (2 mollusques, 1 crustacé, 1 araignée et 41 insectes) sont considérées comme menacées [
1]. En caractérisant la valeur ou l'état de conservation de milieux de fort intérêt patrimonial, les espèces déterminantes pourraient être utilisées comme bio-indicateurs de leur évolution.
Ce premier travail a permis de faire un bilan sur 65 groupes d'invertébrés relativement bien connus. Toutefois, beaucoup de groupes, comme les nombreuses familles de diptères, d'hyménoptères ou de coléoptères, restent encore à étudier. Parallèlement à la poursuite de ce bilan des connaissances, le Gretia travaille aujourd'hui sur un état des lieux de la présence du Pique-prune (espèce protégée par la directive Habitats) en Bretagne et l'étude du cortège d'espèces de deux milieux patrimoniaux : les tourbières et landes humides, ainsi que les dunes.