De moins en moins de matière organique, de plus en plus de phosphore et de métaux lourds, une activité biologique perturbée… Malgré leur capacité à s’adapter à l’accroissement des pressions humaines, les sols bretons se dégradent progressivement.
Erosion
A l’interface entre l’eau, l’air, les roches et la vie, les sols sont très fortement sollicités par l’activité humaine. De longue date, les hommes les ont modifiés, en les travaillant, en leur apportant des engrais et des amendements ou encore en les drainant pour évacuer l’eau excédentaire. Mais cette pression humaine s’est renforcée au cours des dernières décennies, notamment en Bretagne : de 1960 à nos jours, la puissance moyenne des tracteurs a été multipliée par cinq, la consommation totale d’engrais a presque doublée par hectare de terre cultivée [1] ; la part des surfaces qui ont été imperméabilisées pour installer des routes ou des zones urbanisées, a augmenté de façon exponentielle pour atteindre 4,5 % de la surface totale en Bretagne [2].
La dégradation des sols engendrée par ces pressions n’est pas toujours spectaculaire. En premier lieu, il faut garder à l’esprit que l’intervention humaine a souvent pour objectif « d’améliorer » certaines caractéristiques du sol pour lever, par exemple, des carences en éléments nutritifs ou neutraliser une acidité trop marquée, incompatible avec la croissance végétale. Par ailleurs, grâce à leurs propriétés physico-chimiques et à l’activité biologique qui s’y développe, les sols ont une très grande capacité à transformer des polluants éventuels ou à les fixer : ils possèdent un très fort « pouvoir-tampon » et, jusqu’à un certain point, s’adaptent à l’accroissement des pressions humaines qui s’exercent sur eux. Seuls des suivis à long terme mettent en évidence l’évolution des propriétés du sol et sa dégradation. Or, de tels suivis sont rares et les connaissances sur la qualité actuelle des sols bretons et leur évolution sont de ce fait lacunaires ou dispersées.
En 2002, la Commission européenne a identifié les risques majeurs de dégradation des sols européens, parmi lesquels elle cite en priorité les pertes irréversibles dues à l’érosion et à l’imperméabilisation du sol, la contamination constante par des sources diffuses et locales de polluants, la salinisation, la compaction, la perte en matière organique et la diminution de la biodiversité.
Qualité des sols et valorisation des déchets organiques
Au niveau régional, le Conseil scientifique de l’environnement en Bretagne (CSEB) a analysé en 2003 les risques de dégradation des sols bretons en lien avec le recyclage agricole des déchets organiques. Pourquoi s’intéresser aux déchets organiques plus particulièrement ? Parce que la valorisation agronomique par épandage de ces déchets, issus de l’élevage - activité particulièrement développée en Bretagne - mais issus aussi des collectivités et des industries agro-alimentaires, est un enjeu majeur dans la région et suppose de disposer de surfaces suffisantes. Le CSEB a identifié quatre évolutions des sols régionaux en lien avec les apports organiques. Les changements de pratiques agricoles et l’apport d’effluents pauvres en carbone (les agriculteurs utilisent désormais plus de lisier et moins de fumier qui restituait plus de matière organique aux sols) ont provoqué une diminution des teneurs en matière organique de 0,1 à 0,7 % en quinze ans. D’autre part, le phosphore s’accumule dans les sols car les apports excèdent les besoins des cultures ; 60 % des communes bretonnes possèdent des sols globalement trop riches en phosphore assimilable (teneur supérieure à 300 mg/kg selon la méthode Dyer). Les sols sont également contaminés à faible dose mais de façon récurrente par des éléments traces métalliques présents de façon fortuite dans les déchets (boues de station d’épuration) ou introduits dans l’alimentation animale pour prévenir des maladies. Enfin, les pratiques agricoles et les changements d’usages modifient l’activité biologique des sols. D’autres évolutions (acidification, compaction, etc.) sont également suspectées mais s’avèrent trop peu documentées pour être décrites avec précision.