Par sa situation géographique et la diversité de ses milieux littoraux, la Bretagne est une terre d'accueil privilégiée pour les oiseaux marins et les
limicoles. Pour les oiseaux marins, c'est d'ailleurs la première région de France, tant par la diversité des espèces qui s'y reproduisent que par leur nombre.
Des falaises, des îlots, des embruns et des plumes…
La majorité des oiseaux marins de Bretagne se reproduisent sur des îles et îlots inhabités (hormis les îles d'Ouessant, Groix et Belle-Île qui accueillent des oiseaux marins nicheurs). Les autres se répartissent sur les falaises continentales du cap Fréhel, de Plouha, de la presqu'île de Crozon et du cap Sizun. A l'exception des milieux urbains colonisés par les goélands depuis une trentaine d'années et de quelques marais accueillant des sternes, les oiseaux marins ne se reproduisent pas à l'intérieur des terres dans notre région.
Chez 98 % des espèces d'oiseaux marins, la reproduction se fait en colonies. La taille de celles-ci varie, en Bretagne, de quelques individus à plusieurs milliers d'oiseaux. Sur un même site de nidification, plusieurs espèces peuvent coexister ce qui provoque compétition spatiale et prédation parfois au détriment de certaines d'entre elles (Océanite tempête). Les activités humaines sont une autre cause de limitation des oiseaux marins. Si, par le passé, des prélèvements humains d'œufs, de poussins ou d'adultes pour la consommation ou la chasse ont pu localement avoir un impact important, aujourd'hui ces pratiques semblent révolues en Bretagne. En revanche, sur certains sites, les plaisanciers et les pêcheurs à pied peuvent déranger les oiseaux en s'approchant trop près de leurs lieux de reproduction. Enfin, certaines espèces d'oiseaux marins ont connu des mortalités et des chutes d'effectifs suite aux grandes marées noires des dernières décennies.
Les pieds dans la vase entre deux étapes migratoires
Avec un littoral étendu et un climat doux, la Bretagne offre des conditions très favorables à l'hivernage des limicoles (voir tableau 2). En janvier, les ornithologues dénombrent en moyenne 250 000 voire parfois 300 000 oiseaux répartis sur une quinzaine de sites bretons. Ce sont essentiellement des Bécasseaux variables, des Huîtrier-pies et des Pluviers argentés qui représentent à eux trois près de 80 % des effectifs de limicoles dans la région. On y trouve aussi d'importants effectifs d'autres espèces de limicoles vulnérables tels que le Grand Gravelot et la Barge à queue noire. Ces mêmes espèces fréquentent les herbus ou prés salés pour se reposer et y cohabitent avec des passereaux (pipits, bruants, etc.) et divers rapaces (busards, faucons, etc.).
Les principaux sites d'hivernage en Bretagne sont la Baie du Mont-Saint-Michel, l'estuaire et la baie de la Rance, l'anse d'Yffiniac, le littoral du Trégor, les baies de Morlaix et de Goulven, la rade de Brest, la rivière de Pont l'Abbé, la rade de Lorient, la baie de Quiberon, le golfe du Morbihan et la baie de la Vilaine.
Tableau 2 : Effectifs moyens des limicoles hivernant sur le littoral des quatre départements bretons et de la Loire-Atlantique (dénombrements à la mi-janvier de 1990 à 1998 organisés dans le cadre des enquêtes Wetlands International) [1]
| Espèce |
Total |
% principaux sites |
| Bécasseau variable |
161 528 |
84 |
| Huîtrier-pie |
24 730 |
90 |
| Pluvier argenté |
14 063 |
84 |
| Avocette à nuque noire |
6 639 |
97 |
| Grand gravelot |
8 858 |
63 |
| Bécasseau maubèche |
8 599 |
92 |
| Courlis cendré |
8 528 |
92 |
| Tournepierre à collier |
5 507 |
57 |
| Bécasseau sanderling |
5 141 |
27 |
| Barge rousse |
2 963 |
94 |
| Chevalier gambette |
2 525 |
77 |
| Barge à queue noire |
1 131 |
98 |
| Bécasseau violet |
163 |
33 |
| Chevalier culblanc |
117 |
89 |
| Chevalier aboyeur |
66 |
71 |
| Combattant varié |
50 |
85 |
| Chevalier guignette |
48 |
70 |
| Bécasseau minute |
48 |
91 |
| Chevalier arlequin |
45 |
90 |
| Gravelot à collier interrompu |
25 |
43 |
| Courlis corlieu |
9 |
43 |
A l'exception du Bécasseau variable, les populations de limicoles observées en Bretagne sont relativement faibles et souvent concentrées sur un nombre limité de sites géographiques ; néanmoins, ces effectifs modestes correspondent à une part importante de la population européenne pour plusieurs espèces (Avocette, Bécasseau sanderling). Les espèces qui nichent dans des sites difficiles d'accès comme les îles et/ou dans des réserves (Huîtrier-pie, Avocette et Echasse blanche) augmentent. Mais globalement, d'autres espèces de limicoles (gravelots) sont en déclin du fait de la fréquentation croissante du littoral par les activités de loisir ou le tourisme.