Les glaciations du quaternaire ont considérablement appauvri la faune bretonne en espèces de poissons purement d’eau douce. Des espèces qui n’ont d’ailleurs pas achevé de recoloniser les milieux aquatiques de la région. Isolée du continent mais en interaction forte avec l’océan, la Bretagne est en revanche un « conservatoire » pour les poissons migrateurs. Ils sont considérés vulnérables et souffrent de la forte artificialisation des cours d’eau de la région.
L’artificialisation et la pollution des cours d’eau
Cours d'eau recalibréLes cours d’eau bretons subissent
des pressions humaines que l’ont peut qualifier de fortes à très fortes par rapport à d’autres régions françaises [
1]. Ce sont les modifications des bassins versants et les changements de pratiques agronomiques sur les sols qui, en provoquant un colmatage des petits cours d’eau, menacent le plus fortement la faune piscicole, et en particulier le Saumon et la Truite. Ceux-ci ne peuvent frayer que dans des eaux limpides et des lits de graviers ou de cailloux. Les fonds des rivières colmatés par les apports excessifs de terre et de particules provenant de l’érosion des sols asphyxient leurs œufs.
Le chevelu hydrographique, c'est-à-dire le fin réseau de petits cours d’eau, a été également mis à mal par des recalibrages, des drainages de zones humides et la création de fossés. Les travaux hydrauliques importants menés dans les années 1980, en particulier à l’est de la région, ont été très dommageables aux cours d’eau ; ils ont détruit de nombreuses zones de reproduction et de grossissement du Saumon, de la Truite, du Chabot et de la Lamproie, et ont considérablement modifié les capacités auto-épuratrices des rivières. Ces perturbations sont difficilement réversibles et ne se réparent naturellement qu’au bout de plusieurs siècles voire plusieurs milliers d’années. Alors qu’elles sont beaucoup moins médiatisées que les pollutions ponctuelles, et contrairement à ce que l’on pourrait croire, elles ont un impact plus durable.
Poissons mortsTout aussi pernicieux, les rejets organiques industriels ou urbains ont dégradé la qualité de l’eau, jusque dans les années 1990, au point d’empêcher le développement de nombreuses espèces de poissons. Les populations de Saumons et d’Anguilles ont, par exemple, régressé dans l’estuaire de la Laïta. Ces rejets ont été, pour la plupart, résorbés grâce à la mise en place d’installations performantes d’épuration des eaux usées industrielles et collectives.
Aujourd’hui, en utilisant encore massivement des pesticides, l’agriculture reste la principale source de pollution diffuse qui peut perturber les poissons en Bretagne. Une étude de la cellule d’orientation régionale pour la protection des eaux contre les pesticides faite en 2002 sur huit cours d’eau bretons révèle que l’atrazine, le glyphosate, le diuron, l’isoproturon, le triclopyr et la bentazone sont les substances les plus fréquentes dans les échantillons analysés [2]. Le laboratoire d’écotoxicologie de l’Université du Havres étudie actuellement, dans le cadre d’un programme de recherche lancé par le ministère de l’Ecologie et du Développement et de l'Aménagement durables, la Vilaine à l’aval de Langon et le Gouessant à l’aval de Lamballe. Il évalue l’impact des perturbations endocriniennes que peuvent provoquer les pesticides sur les poissons en territoire agricole.
Hormis ces pressions qui s’exercent sur les milieux aquatiques, les poissons sont aussi menacés directement par les parasites apportés lors d’introductions faites sans précaution. Anguillicola crassus, introduit en France lors d'alevinage d'Anguilles japonaises dans les années 1980, a ainsi parasité les Anguilles européennes en Bretagne comme en d’autres régions du pays. Il entraîne une lésion de la vessie natatoire, organe indispensable pour la migration en grande profondeur. Entre 1991 et 1998, le parasite s’est étendu à 19 bassins versants [3].
[1] Approche écosystémique du bassin Loire-Bretagne – Eléments pour l’élaboration des orientations fondamentales de gestion. Atlas cartographique. C. Besseney, J. Bethemont, B. Dupuis et T. Joliveau (1996)
[2] Etude de la contamination des eaux superficielles de Bretagne par les produits phytosanitaires en 2001 et 2002, Corpep, 2004
[3] Source : Réseau hydrobiologique et piscicole de Bretagne : campagne de 1998, Onema