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SOLS

édito

 La protection des sols en devenir

Souvent un maillon oublié de l’environnement, les sols bretons au même titre que l’eau, l’air ou la biodiversité ont besoin d’être protégés spécifiquement. Cette protection doit prendre en compte le fait qu’ils se situent à l’interface avec l’eau, l’air et le monde vivant.

http://www.bretagne-environnement.org/photo/1077034149-vignette-.jpgErosion du sol
A l’interface entre l’eau, l’air, les roches et la vie, les sols sont très fortement sollicités par l’activité humaine. De longue date, les hommes les ont modifiés, en les travaillant, en leur apportant des engrais et des amendements ou encore en les drainant pour évacuer l’eau excédentaire. Mais cette pression humaine s’est renforcée au cours des dernières décennies, notamment en Bretagne : de 1960 à nos jours, la puissance moyenne des tracteurs a été multipliée par cinq, la consommation totale d’engrais a presque doublée par hectare de terre cultivée  [1]  ; la part des surfaces qui ont été imperméabilisées pour installer des routes ou des zones urbanisées, a augmenté de façon exponentielle pour atteindre 4,5 % de la surface totale en Bretagne  [2].

La dégradation des sols engendrée par ces pressions n’est pas toujours spectaculaire. En premier lieu, il faut garder à l’esprit que l’intervention humaine a souvent pour objectif « d’améliorer » certaines caractéristiques du sol pour lever, par exemple, des carences en éléments nutritifs ou neutraliser une acidité trop marquée, incompatible avec la croissance végétale. Par ailleurs, grâce à leurs propriétés physico-chimiques et à l’activité biologique qui s’y développe, les sols ont une très grande capacité à transformer des polluants éventuels ou à les fixer : ils possèdent un très fort « pouvoir-tampon » et, jusqu’à un certain point, s’adaptent à l’accroissement des pressions humaines qui s’exercent sur eux. Seuls des suivis à long terme mettent en évidence l’évolution des propriétés du sol et sa dégradation. Or, de tels suivis sont rares et les connaissances sur la qualité actuelle des sols bretons et leur évolution sont de ce fait lacunaires ou dispersées.

Jusqu’à une date récente et malgré des pressions croissantes, la protection des sols n’était pas considérée comme une priorité, exceptée pour un cercle limité de spécialistes. Certes, diverses mesures environnementales, prises par exemple dans le cadre de la directive européenne sur les nitrates en 1991 (Code des bonnes pratiques agricoles, limitation des quantités d’effluents organiques), avaient des incidences directes sur l’utilisation des sols. Mais elles avaient surtout pour objectif de protéger les ressources en eau en limitant les pollutions potentielles via les sols. C’est en 2002 qu’a eu lieu une véritable prise de conscience de l’urgence de protéger les sols : la Commission européenne publiait la liste des principaux risques auxquels les sols européens sont exposés  [3] et annonçait la parution d’une directive européenne dont l’objectif était de préciser les dispositions législatives que les Etats membres devraient adopter pour protéger les sols.

Le retard pris par la publication de cette directive européenne l’atteste : il est plus difficile de réglementer la protection des sols que celle de l’eau ou de l’air. La raison première tient au fait que le sol relève du droit privé. A la différence de l’air et de l’eau qui sont considérés comme un patrimoine commun de la nation, le sol appartient à un propriétaire qui en définit l’usage. Dans l’attente d’une directive spécifique, les politiques environnementales ne concernent donc le sol que de façon indirecte, puisqu’elles y imposent des pratiques dans l’optique de protéger d’autres cibles : les habitats de la faune et de la flore (Natura 2000), l’eau (programme de maîtrise des pollutions d’origines agricoles, Contrats d’agriculture durable, etc.), la prévention des risques naturels (coulées de boue), la réglementation des sols pollués, etc.

Un besoin urgent de connaissance

Pourtant, les actions à mener sur les sols doivent être réfléchies de façon globale. La gestion des sols est certes incontournable pour reconquérir la qualité de l’eau, et dans ce domaine, de nouveaux outils - notamment la conditionnalité environnementale des primes Pac ou les obligations réglementaires - permettent d’imposer rapidement de nouvelles pratiques. Ainsi, on a pu généraliser en très peu d’années la couverture systématique des sols qui restaient nus en hiver, limitant de ce fait les pertes de nitrates hors du sol et les risques de ruissellement de surface. De même, l’obligation d’installer des bandes enherbées le long des cours d’eau pour espérer bénéficier des primes Pac doit permettre de réduire les transferts directs de polluants vers le réseau hydrographique.
Néanmoins, la seule prise en compte de la protection de l’eau n’est pas suffisante pour une gestion durable des sols : les impacts sur l’air, sur la biodiversité, etc., sur les sols eux-mêmes (en tenant compte de leur caractère non renouvelable), doivent également être considérés, tout en reconnaissant leur rôle dans l’activité économique du pays. Il s’agit donc d’engager progressivement une démarche globale d’évaluation des pratiques sur les sols dont l’objectif serait de répondre au concept de développement durable.

http://www.bretagne-environnement.org/photo/1164295585-vignette-site-solsbzh.jpgProgramme Sols de Bretagne
Une telle démarche se heurte au fait que les connaissances sur les sols restent fragmentaires : c’est particulièrement le cas en Bretagne où aucun référentiel ou cartographie d’ensemble des sols n’est disponible à ce jour ; de même aucun réseau de suivi ne permet jusqu’à présent de surveiller l’évolution à long terme des sols, en particulier sur le plan de la biologie des sols. Le programme Sols de Bretagne doit permettre de combler ce déficit de connaissance. Son objectif est à la fois d’établir un référentiel exhaustif des sols de la région, d’en proposer une cartographie, et de mettre en place un réseau de surveillance de la qualité des sols, qui servira de témoin par rapport aux évolutions futures. Ce programme respecte une méthodologie mise au point aux niveaux national et européen, ce qui permet la comparaison des études et l’intégration des données dans des bases de données dépassant les frontières de la Bretagne. Il s’appuie également sur un réseau de compétences très large, incluant des spécialistes des sols, mais également des géographes, géologues, archéologues, agronomes, hydrologues, enseignants, gestionnaires, etc., pour intégrer toutes les dimensions des sols et contribuer à leur meilleure connaissance et prise en compte.

Les sols sont souvent le maillon oublié de l’environnement. Pourtant la gestion durable des sols est un sujet d’actualité dans de nombreux pays et s’avère particulièrement urgente en Bretagne. Il nous faut pour cela mieux connaître les sols, mais également veiller à ce que l’ensemble des acteurs concernés prenne en compte leur protection. C’est la condition d’une préservation du patrimoine sol pour les générations futures.

Plan
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